L’industrie digère. Elle analyse, calcule et synthétise. Quarante-huit heures après la signature officielle de l’accord de libre-échange entre la Suisse et la Chine, samedi à Pékin, les entreprises, et surtout leurs associations représentantes, en prennent la mesure. Qu’est-ce que leurs membres ont gagné? A partir de quand? Et quels en sont les effets?

La quête de réponses n’est pas simple. «On a déjà commencé, mais il y a plus de 1000 lignes tarifaires différentes qui nous concernent», indique par exemple Peter Flückiger, le directeur de la fédération Textiles Suisse.

Pour un secteur dont on pouvait a priori craindre qu’il ne se noie sous une vague d’arrivages de vêtements chinois, le traité est «satisfaisant». «Nous sommes contents, la Chine est importante, tant en termes d’exportations que d’importations», signale Peter Flückiger, chiffres en main: dans cinq ou dix ans, environ 95% du textile suisse y sera exempté de droits de douane. Pour l’heure, ceux-ci sont de 16% pour les vêtements, et de 10% en moyenne pour les autres produits. Un vrai avantage, par rapport aux concurrents européens, souligne le représentant.

Ce d’autant plus que les fabricants suisses vont y gagner du côté des coûts, puisque les arrivages chinois ne seront plus taxés, et que la moitié des achats de matières synthétiques brutes provient de l’Empire du Milieu. Ainsi qu’un bon tiers des fibres de coton.

Quant aux produits finis – les vêtements – «la Chine est de toute façon déjà numéro 1», relativise Peter Flückiger, en soulignant que les acteurs locaux jouent plutôt dans le haut de gamme ou le vêtement technique. Pas leurs homologues chinois.

Bémol pour la machine-outil

Du côté de l’industrie des machines, bon nombre de producteurs suisses paieront moins, à l’entrée en Chine. Swissmem évoque un résultat globalement «positif», après analyse des 2796 positions tarifaires qui concernent ses membres. Mais il y a des bémols. Des fabricants de machines textiles ou de machines-outils verront certains de leurs produits ne bénéficier d’aucune baisse des taxes douanières. Rien n’est toutefois définitif, insiste Swissmem, puisque des «mises à jour» de l’accord sont prévues tous les deux ans.

L’industrie pharma, elle, déplore «de longues périodes de transition et différentes exceptions», en ce qui concerne les droits de douane.

Précédent juridique positif

Par contre, Interpharma s’est réjoui hier que l’accord garantisse une protection de l’exclusivité des données cliniques pendant six ans, pour les produits biotechnologiques. Le fait que soient confirmées d’autres dispositions relatives aux brevets, prévues par le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), lui fait aussi espérer que, dans l’optique d’un accord avec l’Inde, celui avec la Chine fasse office de «précédent juridique positif dans le domaine de la propriété intellectuelle».

Ce renforcement de la protection des marques réjouit aussi Promarca. L’association de défense des intérêts des fabricants de biens de consommation de marque (dont Nestlé Suisse, Johnson & Johnson, Rivella ou Camille Bloch) indique ne pas encore avoir eu le temps d’analyser le détail du traité. Elle prévoit néanmoins déjà que la concurrence sur le marché suisse devrait augmenter pour ses membres, «mais il ne faut pas en avoir peur», insiste sa directrice, Anastasia Li.