Mercredi en cours de séance, les actions américaines subissaient leur déclin le plus marqué depuis deux semaines. Plusieurs facteurs sont en cause. Le nombre d’infections au Covid-19 a atteint des records dans plusieurs Etats américains dont l’Arizona et le Texas, tandis que l’Etat de Washington a rendu obligatoire le port du masque dans les espaces publics. La reprise de l’infection dans d’autres parties du monde fait planer des doutes sur la vigueur de la reprise économique, alors que la Maison-Blanche songe à imposer pour plus de 3 milliards de taxes douanières sur des exportations européennes.

Pour alimenter encore l’incertitude, le conseiller de Donald Trump sur la crise du Covid-19, Anthony Fauci, a estimé mercredi que les deux prochaines semaines seraient critiques pour le contrôle de la pandémie. De quoi provoquer un accroc dans l’optimisme dont ont fait preuve les marchés depuis fin mars.

«Déconnecté des perspectives économiques»

Mercredi, le FMI a revu à la baisse ses prévisions pour 2020, prévoyant une contraction du PIB mondial de 4,9%, contre 3% prévu en avril. Pour 2021, le FMI s’attend à une croissance globale de 5,4%, contre 5,8% auparavant. L’institution estime que le sentiment positif observé sur les marchés financiers semblait «déconnecté des évolutions dans les perspectives économiques». Les Etats-Unis seraient particulièrement touchés, le FMI prévoyant maintenant une contraction de l’activité de 8%, contre moins de 6% lors de ses prévisions d’avril. Les pays de la zone euro devraient, eux, subir une récession de -10,2%. De son côté, la croissance chinoise ne sera que de 1%.

L’indice phare des valeurs suisses a perdu 2,19% mercredi, tandis que les grands indices américains reculaient de plus de 2% à 18h30, heure suisse, y compris le Nasdaq, qui avait jusque-là progressé de près de 13% depuis le début de l’année.

Pourquoi? «Ce gain reflète l’accélération de changements sociaux sous l’effet du Covid-19, comme la numérisation de l’économie ou le télétravail, relève Jean Frédéric Nussbaumer, spécialiste des marchés à la banque Gonet. La progression de près de 13% du Nasdaq depuis janvier serait déjà fantastique si elle s’était produite dans le cadre d’une année normale.»

Cette explication rationnelle justifie-t-elle que le Nasdaq 100, qui regroupe les cent plus grandes entreprises non financières du Nasdaq, ait atteint des «niveaux stratosphériques» après huit séances consécutives de hausse jusqu’à mardi, comme le mentionne le spécialiste dans une note publiée mercredi?

L’éternelle TINA

D’autres facteurs entrent en jeu, reprend Jean Frédéric Nussbaumer: «Il ne faut pas oublier l’importance des banques centrales et des liquidités dans le contexte actuel. Les investisseurs savent qu’il existe en quelque sorte un acheteur en dernier recours. Enfin, les institutionnels ne sont pas encore très exposés aux actions, ils disposent de montagnes de cash pour entrer sur le marché.»

Et entrer où? Les actions ont continué à bénéficier de l’effet «TINA», pour «There Is No Alternative», conclut notre interlocuteur. Un emprunt du gouvernement américain à 10 ans rapporte un rendement de 0,685% par an. En Allemagne, la même obligation rapporte -0,440% et en Suisse, -0,386%. Alors que le rendement du dividende atteint 1,93% sur le S&P 500, 3,08% sur le DAX allemand et 3% sur le SMI.

Néanmoins, l’or est également recherché et semble se diriger vers 1800 dollars l’once. Peut-être dans la crainte que la saison des résultats du deuxième trimestre, qui débute en juillet, ne provoque un retour à la réalité.