Guerre commerciale

Acculée, la Chine propose la paix à Washington

Pékin a admis lundi, lors du sommet Chine-Union européenne, la nécessité de réformer l'OMC. Ce qui répond à l'une des principales revendications des Etats-Unis, alors que l'économie chinoise marque le pas

La Chine vient vraisemblablement de céder sur l’une des plus importantes revendications de l’administration Trump. Dans la déclaration commune signée lundi à l’issue du sommet Chine-Union européenne (UE) à Pékin, elle a accepté de coopérer à un projet de réformes de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et d’établir un groupe de travail de haut niveau à ce sujet. Le président américain ne cesse d’accuser la Chine de ne pas respecter les règles fondamentales du commerce, de bénéficier des lacunes réglementaires pour profiter du marché américain et d’accumuler de larges excédents commerciaux.

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Les Etats-Unis, mais aussi l’UE, ont quatre griefs: la Chine protège son propre marché en maintenant des barrières commerciales; elle impose aux entreprises étrangères un partenaire chinois; elle les contraint à partager leurs technologies; et, enfin, elle ne protège pas la propriété intellectuelle. L’administration Trump met justement en avant ces problèmes pour bloquer les nominations des juges à l’instance d’appel de l’Organe de règlement des différends de l’OMC. Sans nominations d’ici à septembre 2019, cette fonction fondamentale, qui permet de statuer sur les conflits commerciaux entre pays, sera paralysée.

Ne pas détruire l’ordre mondial

Les Etats-Unis s’élèvent aussi contre les trop longues procédures à l’OMC, ainsi que la place qu’accordent les règles actuelles aux entreprises d’Etat, aux investissements et achats publics. Washington s’appuie sur ces faiblesses pour refuser le statut d’économie de marché à la Chine.

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Pour l’occasion, Jean-Claude Juncker et Donald Tusk, respectivement président de la Commission européenne et président du Conseil européen, avaient fait le déplacement à Pékin. Lors du point de presse de clôture, ce dernier a appelé «à éviter le chaos d’une guerre commerciale» en réponse au président américain qui a qualifié l’UE, la Chine et la Russie d'«ennemies». «Nous sommes conscients que l’architecture mondiale est en train de changer sous nos yeux, a-t-il poursuivi. Il est de notre devoir de ne pas détruire cet ordre mondial, mais plutôt de l’améliorer et de ne pas engager des guerres commerciales qui ont débouché sur des conflits ouverts si souvent dans notre histoire.»

Front uni contre les Etats-Unis

Le sommet Chine-Europe 2018 a eu lieu dans des circonstances particulières. Depuis le mois dernier, des exportations chinoises et européennes font l’objet de surtaxes américaines. Dès le début de la crise, les autorités chinoises ont appelé à l’UE à s’unir avec elle contre les Etats-Unis.

Les Européens, tout en dénonçant les mesures unilatérales, soufflent le chaud et le froid dans l’espoir que le président américain cesse ses attaques contre eux. A présent, ils craignent que Washington n’aille de l’avant avec sa menace d’introduire une surtaxe sur l’automobile. Une telle mesure frapperait les exportateurs allemands de plein fouet.

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Faisant écho aux inquiétudes américaines, le président du Conseil européen a appelé «nos hôtes chinois mais aussi les présidents Trump et Poutine à engager un processus de réformes complet de l’OMC. Je propose une négociation intégrant les Etats-Unis, l’UE, la Chine et le Japon, qui serait rapidement étendue aux pays du G20 et de l’OCDE», a déclaré Donald Tusk.

Branche d’olivier

La réponse chinoise a été très conciliante, a noté le Financial Times de lundi, ajoutant que «Pékin a offert une branche d’olivier aux Etats-Unis». Le premier ministre chinois, Li Keqiang, a d’abord expliqué qu’il n’était pas question de se réunir contre tel ou tel pays, mais de négocier un accord dans l’esprit du multilatéralisme. «En ce qui concerne nos excédents commerciaux avec les Etats-Unis, nous sommes prêts à trouver une solution bilatérale», a-t-il déclaré.

L’économie chinoise commence à pâtir des incertitudes nées des tensions commerciales. Son taux de croissance pour le deuxième trimestre s’est élevé à 6,7% par rapport à la même période l’an dernier et légèrement au-dessous par rapport au premier trimestre 2018. Pour l’ensemble de 2018, Pékin s’attend à une croissance de 6,5%, contre 6,9% en 2017, année qui était marquée par de grands investissements dans les infrastructures publiques.

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