Face à un pays sur le point d'entrer en récession et affrontant sa plus grave crise financière depuis un demi-siècle, la Réserve fédérale américaine poursuit la mise en place de son plan anti-crise. Elle vient, mercredi soir, d'abaisser le niveau des taux d'intérêts une septième fois, faisant passer l'objectif des «Fed Funds» de 2,25 à 2%. Depuis septembre, leur niveau a été coupé de 3,25%. Certes, lors de la récession de 2001, la banque centrale n'avait pas hésité à les réduire de 4,25% en onze fois, ce qui laisse encore de la marge.

Pourtant la communauté financière s'attend maintenant à ce que la Fed marque une pause dans ces injections massives de calmants. Ainsi, sur les marchés à terme, le scénario en vogue apparaît comme celui d'un arrêt des baisses de taux, lors de sa prochaine réunion du 25 juin. Un pronostic que semblaient valider jeudi des marchés tournant au ralenti: le dollar est remonté pour toucher un plus haut depuis cinq semaines face à l'euro et revenir vers les 1,05 face au franc suisse.

Cette perspective s'appuie sur les termes choisis par le Comité de la politique monétaire américaine pour justifier sa décision. Si ses membres reconnaissent que «l'activité économique reste faible», ils ne parlent plus de «risques persistants de baisse de la croissance», comme c'était le cas en mars. Ce qui laisse penser que la banque centrale pourrait marquer un temps d'arrêt, en attendant de voir la façon dont sa politique - qui agit avec des mois de retard - parvient à soutenir l'activité. Avant, éventuellement, de décider de reprendre le traitement après l'été.

Les prochains mois ne lui permettront cependant pas forcément de temporiser. Car «l'autre» crise - financière - est toujours là. Ainsi, en dépit d'un apaisement de la situation sur les marchés financiers depuis mars, la banque centrale n'a en rien changé sa perception de la gravité de la situation, rappelant que les marchés «demeurent l'objet d'un stress considérable». Ce qui signifie qu'elle se réserve le droit de tirer à vue sur les taux en cas de nouvelles répliques du séisme des «subprime».

Quid alors de l'inflation, qui semble être devenue ces dernières semaines la nouvelle plaie affectant les Etats-Unis, au point de rendre dangereuse toute poursuite de réductions des taux? L'institution dirigée par Ben Bernanke se veut étonnamment modérée à ce sujet, laissant entendre que «l'inflation va devenir plus modérée ces prochains trimestres». Une manière d'indiquer que cette menace n'est pas encore assez grave pour l'empêcher d'agir en cas de besoin.