banque

Acculée, Wegelin & Co cède ses activités à Raiffeisen

Dès lundi, le troisième groupe bancaire helvétique intégrera 13 filiales de la banque st-galloise. Celle-ci ne conservera que les activités restantes concernant la clientèle américaine

«Nous sommes fiers que rien n’ait été dévoilé avant l’annonce de cette transaction», s’est félicité Pierin Vincenz, directeur du groupe Raiffeisen, en présentant vendredi le rachat de l’essentiel des activités de la banque Wegelin & Co. Hier après-midi à Zurich, le Grison ne cachait pas sa satisfaction à propos de cette opération. Elle permet à la coopérative bancaire, qui ambitionnait de reprendre la Banque Sarasin l’automne dernier, de prendre pied dans le secteur de la gestion de fortune.

Dès lundi, 700 de ses collaborateurs répartis dans 13 villes suisses travailleront dans la nouvelle entité active sous le nom de Banque privée Notenstein, dirigée par Adrian Künzi, ex-associé et responsable du marché romand chez Wegelin. Elle inclura toutes les activités non américaines de la plus vieille banque de Suisse. L’opération a été menée en un temps record. La semaine dernière, Raiffeisen a été contacté par les gérants de Wegelin & Co, confrontés aux pressions croissantes de la justice américaine. Début janvier, trois de ses conseillers ont en effet été inculpés par la justice new-yorkaise pour avoir aidé des contribuables américains à dissimuler 1,2 milliard de dollars au fisc outre-Atlantique. Puis, jeudi, la Finma, l’autorité de surveillance des marchés financiers, a donné son feu vert à cette transaction.

Pour le directeur de Raiffeisen, la solution trouvée profite à tous. Rejetant l’accusation d’avoir exploité les difficultés de l’établissement, Pierin Vincenz a souligné que les activités des deux établissements se complètent idéalement. Raiffeisen a un fort ancrage régional alors que la nouvelle banque aura des bureaux dans 13 sites «stratégiques» de Suisse. Rien n’a filtré sur le prix de la transaction que Raiffeisen financera par ses propres moyens. Pierin Vincenz s’est limité à déclarer qu’elle a été effectuée aux «conditions usuelles du marché».

Regrets

Cette reprise fait revivre le nom de Notenstein, qui tire son origine d’une association de commerçants st-gallois du XVe siècle qui se réunissait dans le bâtiment abritant le siège de la banque Wegelin.

Cela ne sera plus le cas dès lundi: Konrad Hummler et Otto Bruderer, les deux associés gérants à la tête de Wegelin géreront les activités restantes de la banque liées à la clientèle américaine avec une poignée d’employés depuis un autre bâtiment pour éviter tous conflits juridiques. «Avec la Finma, nous nous sommes assurés que la Banque privée Notenstein ne sera nullement exposée envers la justice américaine», a dit Pierin Vincenz.

Et que restera-t-il de l’ancienne Wegelin? Hier, Konrad Hummler a souligné dans un communiqué à quel point il a été «douloureux» de franchir un tel pas. Pour lui, qui assume aussi la fonction de président du conseil d’administration de la NZZ, la chute est rude. Hier, le quotidien zurichois a du reste pris ses distances avec Konrad Hummler en estimant que le rôle de Wegelin se limitera à celui d’une «bad bank». Interrogé en marge du Forum de Davos, Patrick Odier le président de l’ASB, a lui affirmé «regretter» une telle situation. «Cela montre à quel point il faut une volonté politique commune aux deux Etats (ndlr: Suisse et Etats-Unis) pour régler une situation qui touche le passé. Les discussions avec Washington sont amicales mais complexes. Le fait que cela traîne n’est pas bon et explique ce qui vient de se passer», a conclu Patrick Odier.

Publicité