A première vue, il est difficile de trouver des raisons de se réjouir chez Leclanché. Le fabricant yverdonnois de piles, accumulateurs et condensateurs annonce une perte opérationnelle de 1,7 million de francs au premier semestre 2002 (902 millions de janvier à juin 2001). Les effectifs ont fondu de 700 à 210 employés en dix ans, et le dernier communiqué de l'entreprise avertit qu'un nouveau plan de restructuration se prépare. Enfin, on apprenait en septembre la brusque démission du président du conseil d'administration, Gilbert Coutau, et du directeur, Didier Bonnard, en désaccord sur la marche à suivre avec les nouveaux venus au conseil.

«Que se passe-t-il chez Leclanché?» se demandait alors Le Temps (lire notre édition du 14 septembre). Premier élément de réponse, Frédéric-Edouard Koehn, nouveau président du conseil, et Raoul Sautebin, nouvel administrateur délégué, ont pris les choses en main. Or, la carrière du premier offre une raison d'espérer. A la fin des années 1980, Frédéric-Edouard Koehn rachetait une filiale de BBC, Medicompex, qui fabriquait des électro-stimulateurs musculaires alors destinés à un marché exclusivement médical et confidentiel. «Nous avons d'abord appris à pêcher dans une rivière où nageaient peu de poissons», dit-il. La distribution et le marketing furent améliorés. Ce faisant, la société est tombée sur une rivière très poissonneuse: le sport. Le préfixe «médi» a disparu, et tous les sportifs d'un certain niveau connaissent aujourd'hui les électro-stimulateurs Compex, leader dans un domaine en pleine expansion. La société d'Ecublens (VD) – revendue en 1999 – réalise aujourd'hui un chiffre d'affaires supérieur à 40 millions de francs.

… Soit égal à celui de Leclanché, qui s'est contracté de 45,7 à 44,3 millions l'an dernier, et encore de 11% en 2002. Leclanché «fait de tout, un peu», analyse Frédéric-Edouard Koehn. Cette dispersion entraîne une boursouflure administrative: pour chaque salaire «direct», Leclanché paie un salaire «indirect». Le constat avait déjà été établi par les précédents dirigeants. Pourtant, les rapports de consultants et les tentatives de diversification (dans les cellules solaires Graetzel par exemple) n'ont pas empêché la situation de se dégrader.

Trois facteurs paralysaient la capacité de Leclanché à se remettre en question. Gros fournisseur de l'armée et des régies fédérales, la société s'est longtemps reposée sur cette clientèle. Elle profitait aussi d'un confortable coussin d'actions et d'immobilier masquant le fait que depuis 1996, l'activité industrielle a cumulé des pertes de 20 millions. Enfin, le verrouillage de l'actionnariat a assourdi les voix dissidentes.

Concentration sur les batteries industrielles

Plus qu'un désaccord sur la stratégie d'ensemble, la double démission de septembre découle de divergences sur la vitesse du changement et les moyens mis en œuvre. Quel est le projet de la nouvelle équipe? Après avoir réorganisé Leclanché en trois unités – distribution, condensateurs et batteries (accumulateurs ou piles) –, elle va dans un premier temps se concentrer sur les batteries industrielles, comme celles d'éclairage pour les trains et les sources d'énergie indépendantes du réseau pour des appareils fortement sollicités. Le secteur (15% du chiffre d'affaires) est le seul en nette progression et très rentable. Ceux des condensateurs, des accumulateurs de démarrage et de la distribution seront probablement revendus après assainissement. La fabrication de piles grand public sera progressivement abandonnée. Un désengagement de la filiale française SNCE, très déficitaire, semble inévitable. Enfin, le développement des cellules Graetzel, toujours déficitaire à hauteur de 360 000 francs au premier semestre, pourrait être revendu à un partenaire extérieur.

A moyen terme (2003-2004), Leclanché veut se redéployer dans deux directions. La première est l'assemblage de systèmes d'alimentation électrique, équipant par exemple les théodolites Leica Geosystems ou les électro-stimulateurs Compex. Frédéric-Edouard Koehn vise aussi un marché plus novateur: «Nous devons sauter une génération de produits et préparer les microgénérateurs de demain qui alimenteront par exemple des cartes à puce, voire des processeurs informatiques.» Le savoir-faire régional en microtechnique représente un atout, ainsi que le fait de s'adresser à des marchés de niche. Les chances de percer sur un marché grand public, comme les piles d'ordinateurs et téléphones portables, sont proches de zéro, estime Frédéric Koehn: «Celui-ci a connu quatre nouvelles technologies en dix ans. Une entreprise comme Leclanché n'y fait pas le poids face aux Sanyo, Sony et autres.»