Technologie

Accusé d’abuser de sa position en Europe, Google assure qu’il se battra

La société californienne risque une amende de 6,6 milliards de dollars. Le groupe a déjà publié en ligne mercredi une partie de son argumentaire de réponse

Accusé d’abuser de sa position en Europe, Google assure qu’il se battra

Technologie La société californienne risque une amende de 6,6 milliards de dollars

Le groupe a déjà publié en ligne mercredi une partie de son argumentaire de réponse

Margrethe Vestager n’aura eu que quelques minutes à attendre. Mercredi, moins d’une heure après la fin de l’annonce d’une double enquête contre Google, la commissaire européenne à la Concurrence pouvait lire la réponse du moteur de recherche sur son blog officiel. Via quatre graphiques et des points très précis, Amit Singhal, responsable de la recherche chez la multinationale, contre-attaquait sur tous les points présentés par Bruxelles. «Les allégations selon lesquelles les consommateurs et nos concurrents souffriraient sont loin de la vérité», affirme Amit Singhal.

Le bien des consommateurs, justement, a été invoqué à plusieurs reprises mercredi par Margrethe Vestager lors de sa conférence de presse. La commissaire, en fonction depuis le 1er novembre 2014, attaque Google sur deux fronts. D’abord sur un service très précis de la multinationale, son comparateur de prix Google Shopping. Ensuite sur Android, son système d’exploitation pour smartphone.

Dans le premier dossier, Bruxelles accuse le groupe de mettre en avant systématiquement, lors de la recherche pour un aspirateur, une paire de chaussures ou une voiture, son service Shopping. Et ce au détriment d’autres comparateurs de prix, qui apparaissent plus loin sur la page des résultats de recherche.

En ce sens, la Commission européenne a envoyé à Google une «communication des griefs», au sujet de laquelle la société a dix semaines pour répondre. «D’après nos indications, Google abuse de sa position dominante dans le domaine de la recherche pour favoriser ses propres services, a expliqué Margrethe Vestager. Nous soupçonnons Google d’avoir modifié ses algorithmes pour afficher en premier son service Shopping, indépendamment de la pertinence des résultats.» Ainsi, Bruxelles estime que Google profite des 90% détenus en Europe sur le marché de la recherche pour se renforcer dans d’autres secteurs. Et Margrethe Vestager n’exclut pas d’aller plus loin: «Pour l’heure, nous nous concentrons sur Google Shopping. Par la suite, nous pourrions enquêter sur le marché des hôtels et des cartes en ligne, pour imposer à Google de respecter le droit européen.»

La commissaire assure que depuis novembre, «Google a été le dossier prioritaire»: «J’ai mis à jour le dossier, analysé le marché, rencontré tous les acteurs, y compris des représentants de Google.» Margrethe Vestager a hérité d’un dossier vieux de plus de cinq ans. C’est en février 2010 que son prédécesseur, Joaquin Almunia, recevait une plainte de Microsoft contre Google, avant d’ouvrir une première enquête, en novembre 2010, contre le moteur de recherche.

Avec, mercredi, la «communication des griefs», l’enquête entre dans une phase décisive. Une réponse formelle de Google est attendue. Suivie, sans doute, par une phase de négociations. Et peut-être au final une amende, qui pourrait atteindre 10% du dernier chiffre d’affaires annuel de Google: 66 milliards de dollars, soit une pénalité potentielle de 6,6 milliards. Interrogée à ce sujet, la commissaire a affirmé être prête à infliger une telle amende, mais que «toutes les voies [étaient] ouvertes».

Ces voies, justement, Margrethe Vestager ne les a pas évoquées. Elle a simplement écarté des changements graphiques – comme offrir aux concurrents de Google un espace fixe dans les résultats – déjà proposés par le passé par le moteur de recherche.

En face, la firme de Mountain View affirme que «les consommateurs ont davantage de choix que jamais»: les moteurs de recherche se multiplient, tout comme les comparateurs de prix concurrents. Sur un graphique, Google indique par exemple que son service Travel a sensiblement moins de trafic qu’Expedia, TripAdvisor ou Booking.com. «N’importe quel économiste vous dira que vous ne voyez pas une tonne d’innovations, de nouveaux entrants et d’investissements dans des secteurs où la concurrence stagne, ou lorsqu’un acteur domine», écrit, un brin moqueur, Amit Singhal.

De leur côté, deux des principaux lobbies anti-Google se sont félicités de l’action de la Commission européenne. «Une «communication des griefs» conduit presque toujours à des changements significatifs dans les pratiques commerciales de la société visée», a indiqué David Wood, avocat du lobby Icomp, mené notamment par Microsoft. Et de préciser: «Il ne s’agira jamais de demander à Google de publier son algorithme ou de lui interdire d’innover. Il s’agit de faire respecter le droit européen.»

De son côté, le lobby FairSearch écrivait mercredi que «les abus de Google ont détruit ses rivaux, qu’il s’agisse de services de cartographie, de recherche de vidéos ou de comparaison de prix de produits».

Concernant Android, Bruxelles estime que Google impose trop de contraintes aux fabricants de smartphones, en les forçant entre autres à insérer ses propres services dans les téléphones.

«Les abus de Google ont détruit ses rivaux, dans le domaine des cartes ou de la recherche de vidéos»

Publicité