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Les Etats-Unis ont dressé une nouvelle liste mardi des produits chinois d’une valeur de 200 milliards de dollars par an qui seraient frappés d’un droit de douane punitif.
© JOHANNES EISELE/AFP PHOTO

Commerce

Accusé de toutes parts, Pékin se défend

Les Etats-Unis, l’Union européenne, mais aussi la Suisse ont critiqué mercredi la politique commerciale chinoise à l’OMC. Cette année, l’examen auquel tous les membres sont soumis à tour de rôle est mené dans un contexte d’escalade entre les Etats-Unis et la Chine

Cette année, l’examen de la politique commerciale chinoise par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a eu lieu mercredi à Genève, dans un contexte de confrontation entre les Etats-Unis et la Chine. La veille, Washington a lancé une nouvelle salve, dressant une liste supplémentaire de produits chinois importés d’un montant de 200 milliards de dollars par an, qui seraient soumis à une surtaxe de 10% dès septembre. Les bourses américaines et européennes ont aussitôt réagi négativement à cette nouvelle. Depuis vendredi dernier, les douanes américaines sévissent déjà sur des importations chinoises d’une valeur de 34 milliards. Pékin a immédiatement contre-attaqué.

Lire aussi: Chine – Etats-Unis: l’escalade

Dans son discours liminaire, Wang Shouwen, le vice-ministre chinois du Commerce, qui a fait le déplacement spécialement pour l’occasion, a expliqué l’attachement de son pays au libre-échange et au multilatéralisme. Il a surtout fait comprendre que son pays se profile comme le rempart contre l’unilatéralisme et le protectionnisme incarné par les Etats-Unis du président Trump. Et il a lancé un appel à tous les membres de l’OMC à «faire preuve de solidarité et de vigilance, dans un esprit de résistance». En effet, l’Union européenne (UE), le Canada, le Mexique, la Russie et l’Inde sont également frappés par des surtaxes américaines.

Contribution à la croissance mondiale

Le vice-ministre chinois a situé le contexte: son pays a démarré les réformes et la libéralisation économique il y a seulement quarante ans. «Nous avons fait des pas de géant, passant d’une phase de croissance rapide à une phase de développement de qualité, a-t-il fait remarquer. La Chine a certes bénéficié de la mondialisation, mais elle y contribue aussi.» Selon lui, le pays a participé en moyenne pour plus de 30% par an à la croissance économique mondiale depuis le début de la crise financière internationale en 2007-2008. Un exemple: à la fin de 2017, 99 zones de coopération économiques ont été mises en place par des entreprises chinoises dans 44 pays, avec un investissement cumulé de 30,7 milliards de dollars.

Lire également: Les Etats-Unis durcissent le ton face à Pékin

Les critiques ne se sont pas fait attendre. Et c’est l’ambassadeur américain Dennis Shea qui a sonné la charge. Selon lui, Pékin, malgré ses engagements, ne respecte pas les règles du marché et, grâce à ses mesures mercantilistes (comme de larges subventions accordées aux entreprises d’Etat), fait un «tort énorme» à ses partenaires commerciaux.

Cette accusation corrobore les observations de l’OMC, qui a produit son propre rapport sur la Chine. L’organisation souligne que l’intervention de l’Etat touche à de multiples secteurs: céréales, sucre, tabac, riz, maïs, coton, charbon, pétrole brut et transformé, engrais, tungstène, thé, soie, antimoine et argent. Pékin reste par ailleurs actionnaire majoritaire dans la totalité des 100 plus grandes entreprises chinoises cotées en bourse, sauf une. De plus, il ne communique pas les renseignements sur ses subventions.

La Chine, «pays en développement»

«La Chine ne viole pas nécessairement les règles de l’OMC, mais elle n’agit pas selon les règles fondamentales, a poursuivi l’ambassadeur Dennis Shea. Nous refusons qu’elle, après dix-sept ans de son adhésion à l’OMC, bénéficie encore de ses statuts de pays en développement et de nouveau pays membre.» A cette accusation récurrente, Pékin répond qu’au moins 30 millions de Chinois vivent encore sous le seuil de pauvreté et que le revenu annuel par habitant a certes progressé à 8600 dollars en 2017, selon la Banque mondiale. Mais à titre de comparaison, le revenu annuel pour un Américain est de 58 000 dollars.

Lire aussi: Big bang protectionniste

Autre thème fort: la protection de la propriété intellectuelle. Les Etats-Unis, mais aussi l’Union européenne (UE) ont critiqué le manque de progrès dans ce domaine. Le rapport de l’OMC confirme: «Les lois chinoises en la matière sont restées inchangées depuis 2015. Le respect des droits [de propriété intellectuelle] reste un défi de taille pour la Chine.» Du reste, Donald Trump s’y réfère pour justifier l’imposition des taxes douanières punitives sur les importations chinoises.

Relations sino-suisses dynamiques

Réponse de la Chine: la lutte s’organise progressivement. L’application des lois existantes donne des résultats. Ainsi, depuis la création des tribunaux spéciaux de Pékin, de Shanghai et de Guangzhou en 2014, plus de 6000 affaires ont été traitées. Mercredi, le vice-ministre Wang a ajouté que des entreprises chinoises ont payé 28,6 milliards de dollars pour acquérir des licences, contre seulement 1,9 milliard en 2001.

Les Etats-Unis, l’UE, mais également la Suisse ont aussi dénoncé les restrictions en matière d’investissements étrangers dans certains secteurs que Pékin estime stratégiques: tungstène, molybdène, étain, antimoine, fluorites et terres rares. Didier Chambovay, ambassadeur suisse auprès de l’OMC, a rappelé que les relations commerciales sino-suisses sont dynamiques: en 2017, les exportations suisses s’élevaient à 24 milliards de dollars, contre des importations de 13 milliards. Mais tout n’est pas rose. Selon Berne, l’Etat chinois pourrait réduire son rôle dans les entreprises et l’augmenter lorsqu’il s’agit de protéger la propriété intellectuelle ou de renfoncer les règles de la concurrence.

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