Le gouverneur de la Banque d'Italie Antonio Fazio est de nouveau sous pression. Accusé par la commission européenne de bloquer l'accès du marché bancaire italien aux groupes étrangers, il a du faire face vendredi, au même moment, à l'annonce par l'espagnol BBVA et l'institut hollandais ABN Amro de leur intention de s'emparer respectivement de la Banca Nazionale del Lavoro (BNL) et de la Banca Antonveneta. L'attaque en règle des deux groupes, sur la sixième et la neuvième banque italiennes, a sans doute été coordonnée.

Pour le gouverneur, il s'agit d'un défi sans précédent à son autorité et à ses pouvoirs. Jusqu'à présent, Antonio Fazio, dont le mandat est à vie, était en effet parvenu à organiser tant bien que mal le système bancaire transalpin, en évitant notamment que les convoitises des instituts étrangers puissent pleinement s'exprimer dans la Péninsule. Il y a six ans, le gouverneur avait même réussi in extremis à éviter une révolution du panorama bancaire italien lorsque Unicredito avait tenté d'avaler la Comit et que, parallèlement, San Paolo-Imi lorgnait la Banca di Roma. Devant l'opposition de la Banque d'Italie, les conquérants avaient dû battre en retraite.

Cette fois la tâche s'avère beaucoup plus rude pour le gouverneur. Au nom de la libre concurrence, ABN Amro et BBVA bénéficient du soutien de Bruxelles qui a récemment rappelé à l'ordre le patron de la Banque d'Italie. Lors du dernier World Economic Forum, le président de la commission José Manuel Barroso a notamment déclaré qu'il était urgent de libéraliser les services financiers et stigmatisé, pour l'exemple, la «fermeture» du marché italien. Quelques jours plus tard, le commissaire au Marché intérieur, Charlie Mac Creevy, avait relancé la polémique en parlant des «fortes préoccupations» de la commission face au protectionnisme bancaire italien.

Des «chevaliers blancs» locaux

En réponse, Antonio Fazio a adressé une lettre à la commission assurant que «le système bancaire italien s'est développé et est aujourd'hui ouvert et compétitif». «Les banques étrangères sont déjà présentes et il n'existe pas de différentiation entre catégories d'acquéreurs potentiels», a ajouté le gouverneur, précisant que 17% du capital des quatre plus grands groupes bancaires italiens sont déjà aux mains d'opérateurs étrangers contre 7% en Allemagne et 3% en France. La réalité réside dans le fait que le marché italien est certes déjà relativement ouvert mais que faute d'une réorganisation achevée, les banques transalpines restent aujourd'hui des proies plutôt faciles. A l'inverse, les banques italiennes se sont peu développées à l'étranger. C'est dans ce contexte qu'Antonio Fazio s'est employé à maintenir «l'italianité» des établissements de la Péninsule.

Concernant la nouvelle offensive de BBVA et ABN Amro, le gouverneur devrait rapidement faire connaître sa position. Selon la législation italienne, la Banque d'Italie peut refuser une opération en cas d'insuffisance de «conditions garantissant une saine et prudente gestion de la banque». En dernière instance, «il appartiendra à la commission d'évaluer si les motifs de prudence sont fondés», a cependant averti dès hier le porte-parole de la Commission européenne.

Dans l'urgence, les responsables transalpins seraient aussi en train d'étudier une riposte en cherchant des «chevaliers blancs» locaux. Alors que BBVA qui détient 14,7% de la BNL souhaite prendre la totalité du capital, le Monte Paschi di Siena, actionnaire minoritaire de la banque a déjà fait part de sa disponibilité à intervenir pour «sauvegarder ses intérêts». La bataille d'Italie ne fait que commencer.