Immobilier

Les achats d’immeubles se compliquent

De nouvelles règles seront appliquées dès 2020 pour lutter contre la surchauffe dans l’immobilier de rendement. Il faudra plus de fonds propres et rembourser sa dette plus rapidement. La mesure concerne surtout les investisseurs privés

La décision était attendue, mais elle est d’importance. Afin de lutter contre la surchauffe dans l’immobilier de rendement, le gendarme financier (Finma) a accepté les propositions formulées par l’Association suisse des banquiers (ASB).

L’objectif est simple: rendre plus difficile l’accès aux hypothèques pour acheter un immeuble. Deux mesures sont mises en place. D’abord, la part minimale de fonds propres apportée par l’acquéreur doit désormais être de 25%, contre 10% auparavant. Ensuite, la dette doit être ramenée aux deux tiers de sa valeur dans un délai de dix ans, contre quinze ans jusqu’à aujourd’hui.

Avec ces nouvelles mesures, qui entreront en vigueur en janvier 2020, «la branche contribue de manière ciblée et efficace à la stabilité du marché dans le domaine des objets résidentiels de rendement», affirme l’ASB dans un communiqué publié mercredi. Dans une communication séparée, la Finma souligne aussi que le principe de la «valeur minimale» continue de s’appliquer. Autrement dit, si une banque n’est pas prête à financer 75% de la valeur d’un immeuble parce qu’elle l’estime surévalué, l’acheteur doit trouver davantage de fonds propres que les 25% désormais requis.

Gare aux «buy to let»

«Les adaptations restent modérées, mais elles vont dans la bonne direction. La Finma signale depuis longtemps des tendances à la surchauffe», écrit le gendarme financier. Lequel, même s’il a accepté les propositions des banques, leur lance déjà un appel. Les PPE et les villas non habitées par le propriétaire mais louées à un tiers ne sont pas concernées par les nouvelles règles. Ces objets, dits «buy to let», représentent pourtant un quart des hypothèques pour des immeubles de rendement. «Ils devraient être traités comme tels en raison des risques potentiels», affirme la Finma.

Les «buy to let» sont une sorte d’hybride immobilier, nuance Roland Bron, directeur romand de la société de conseil VZ. Dans la pratique, «les banques les considèrent parfois comme un logement, parfois comme un objet de rendement». Avec comme résultats des différences dans l’évaluation du bien, mais aussi dans les conditions de prêt.

Cette nouvelle réglementation intervient dans un segment immobilier dont l’évolution suscite des craintes depuis des mois. Tant la Finma que la Banque nationale suisse s’en étaient déjà inquiétées publiquement. En une dizaine d’années, les prix des immeubles ont augmenté de plus de 50%. Et ni l’augmentation des taux de vacance, ni l’allongement du temps pour louer les appartements, ni la baisse des revenus locatifs n’ont enrayé la tendance.

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Pourquoi? Parce que, malgré des prix élevés, et donc des rendements qui baissent, investir dans un immeuble rapporte bien davantage que dans des obligations de la Confédération, pour lesquelles il faut payer – les rendements sont négatifs et flirtent désormais avec le -1%.

Avantage aux caisses de pension

Cinq ans après avoir renforcé les conditions d’octroi d’hypothèques pour les villas et les appartements en PPE, les banques réitèrent donc l’exercice. Mais cette fois-ci, les effets de ce durcissement pourraient être plus limités. «Les placements dans les immeubles de rapport par de nombreux investisseurs institutionnels, en particulier les caisses de pension, ne sont que peu, voire pas du tout, financés par des fonds de tiers», souligne Thomas Rieder. L’économiste de Credit Suisse ajoute: «Les nouvelles dispositions n’auront pas d’effet direct sur ces investisseurs.»

Ceux qui seront touchés, ce sont ceux qui s’endettent pour acheter un immeuble. les sociétés immobilières et les privés. Ces derniers «sont la cible de ces nouvelles règles, assure même Roland Bron. Certains, puisque le crédit ne coûte presque rien, s’endettent fortement à l’achat d’un immeuble, afin d’optimiser leur retour sur investissement».

Dès 2020, un tri va s’opérer. Credit Suisse prend un exemple. Aujourd’hui, un investisseur disposant de 1 million de francs de fonds propres peut, théoriquement, acheter un immeuble de 10 millions. Demain, la valeur maximale dont il disposera ne sera plus que de 4 millions. Dans la pratique, rappelle Thomas Rieder, bon nombre de banques limitent déjà le taux d’endettement à 80%. Dans son exemple, l’investisseur ne pouvait donc déjà pas viser plus que 5 millions. Mais qu’elle soit de plus ou moins grande ampleur, la conséquence est la même: les investisseurs institutionnels vont voir fondre une partie de la concurrence.

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