L’alerte est venue il y a un mois. Ayant habitué le monde des matières premières à une expansion moyenne de 10% ces trente-cinq dernières années, la Chine a fait état d’un rythme de croissance de son activité n’ayant pas dépassé 7,5% au cours du printemps. Le net ralentissement de ses exportations et de son industrie en juillet a été interprété comme un signal supplémentaire des difficultés à venir. Du responsable de la mine australienne au gérant de l’exploitation céréalière argentine, tous redoutent maintenant la confirmation: un coup de frein brutal de ses achats par le premier importateur mondial de produits de base.

Ce n’est pourtant toujours pas le cas. En dehors des avertissements sur des produits spécifiques, comme l’huile de palme, le fer ou le nickel. Le premier pays consommateur d’huiles végétales a ainsi acheté en juillet 8% de palme en moins par rapport à l’an dernier; en partie en raison de l’importance des stocks accumulés. Privatisées fin juin, les plantations du groupe malais Felda, en font les frais: leurs actions déclinent lentement.

Premier extracteur mondial de minerai de fer, le brésilien Vale sent également le vent tourner, ses actions ayant perdu 10% en bourse cette année. La poudre orange débarquée à Tianjin ne part pas à plus de 100 dollars la tonne, du jamais-vu depuis trois ans. La sidérurgie chinoise est la première utilisatrice de fer. Mais aussi de ce nickel qui rend l’acier inoxydable. Face à la baisse des besoins les fournisseurs sabrent leurs prix. La récente publication de leurs comptes sur les trois derniers mois par les conglomérats du secteur – assèchement de 35% des bénéfices pour BHP Billiton – semble confirmer la «fin de l’âge d’or» chinois évoquée par des responsables de Vale.

Et pourtant. Pour de nombreux produits, le suivi du trafic des cargos déchargés dans les ports de République populaire en juillet ne confirme en rien un coup d’arrêt. Le pays n’a ainsi pas acheté plus de cuivre raffiné qu’en juin, mais les quantités déchargées restent supérieures de près d’un tiers à celle de l’été précédent. Les livraisons de plomb – aux trois quarts destinées aux batteries – atteignent, de leur côté, près du double de celle observées il y a un an. Et le pétrole, carburant de l’activité? Les volumes affrétés sur les supertankers arrivant en Chine en juillet étaient supérieurs de 12% à ceux de l’an dernier.

L’expérience des mois de crise mondiale en 2009 avait cependant illustré combien Pékin pouvait utiliser ces périodes de ralentissement économique. Pour reconstituer ses réserves stratégiques à prix cassé, donnant ainsi l’impression que rien ne pourrait jamais arrêter la noria de vraquiers mettant le cap sur ses côtes. En dépit de besoins momentanément moindres du pays et de son industrie. «Ce type de comportement joue un rôle – spécialement pour le cuivre et à un moindre degré le pétrole ou certains produits alimentaires – mais elles ne peuvent suffire à expliquer les solides volumes importés en juillet», relève les experts de Barclays Capital. Les indications sur la demande intérieure collectées par ces derniers – production de biens à haute teneur en cuivre en hausse de 7% par rapport à l’an dernier, consommation d’essence touchant de nouveaux records – ne reflètent pas de ralentissement majeur de la deuxième économie mondial. Pas encore.

Les signaux d’alerte proviennent des importations de minerai de fer, de nickel et d’huile de palme