La dernière affaire de fraude fiscale a éclaté ce week-end en Allemagne (lire LT du 01.02.2010), où les autorités se voient proposer par un informateur, contre une très jolie somme, une liste de 1500 contribuables qui auraient dissimulé des fonds en Suisse. Un vif débat s’était engagé, mais il est probablement déjà clos, puisqu’à la question «faut-il payer?» la chancelière Angela Merkel a répondu lundi qu’il fallait «tout faire pour obtenir ces données».

Le Ministère allemand des finances doit-il rétribuer un informateur qui propose de lui vendre une liste de contribuables ayant caché des fonds en Suisse? se demandait-on jusqu’à l’intervention de la chancelière. La classe politique d’outre-Rhin «est divisée», pour le site Investir.fr, et «se querelle» sur cette question, comme l’explique très bien le Spiegel. Un débat moral était ainsi lancé en Allemagne.

L’informateur propose donc de vendre pour 2,5 millions d’euros un CD contenant les données bancaires de 1500 contribuables allemands coupables d’évasion fiscale, selon la Frankfurter Allgemeine (FAZ). Quelle aubaine! estime la députée sociale-démocrate (SPD), porte-parole du groupe pour les affaires financières, Nicolette Kressl: «Quand pour 2,5 millions d’euros on peut récupérer de 100 à 200 millions d’euros d’impôts, le gouvernement ne devrait pas hésiter», déclare-t-elle dans le journal Welt am Sonntag. «L’évasion fiscale n’est pas une mince affaire» et «personne ne pourrait comprendre que le [ministre des Finances] Schäuble refuse de condamner les délinquants», ajoute-t-elle dans Focus.

A contrario, selon le député chrétien-démocrate (CDU) Michael Fuchs, dans l’édition dominicale de la FAZ, «il s’agit de données volées. Cela reviendrait à récompenser un voleur». Le journal commente d’ailleurs les événements en parlant d’«offre immorale», dans la foulée du ministre allemand de la Défense Karl-Theodor zu Guttenberg, de l’Union chrétienne-sociale (CSU), dans un entretien donné à la Neue Zürcher Zeitung: «Ich persönlich habe ein Problem damit.» Soit: «Personnellement, le fait de payer pour obtenir quelque chose de juridiquement contestable me pose problème», reconnaît-il à propos de cette affaire, qui «doit relever des règles de droit, y compris chez nous», ajoute-t-il, en précisant qu’outre la question de jurisprudence, il en allait également des bonnes relations avec la Suisse.

C’est ce qui inquiète le Berliner Morgenpost, qui cite le conseiller fédéral Ueli Maurer dont la confiance dans la République fédérale serait brisée si l’Allemagne «payait pour des données volées». Car il y a une différence entre «la fin et les moyens», titre la Süddeutsche Zeitung. Et de quoi créer «une vive controverse», selon la Berliner Zeitung. C’est «une affaire en or proposée au fisc allemand, mais est-elle honnête?» se demande pour sa part le correspondant de l’Agence France-Presse.

Le président de l’Association allemande des inspecteurs du fisc, Dieter Ondracek, n’est pas du tout d’accord et il l’exprimait très clairement lundi dans Bild. Pour lui, acheter des données bancaires ne relève pas du recel: «Il n’y a aucune différence entre un ministre des Finances qui paie pour de telles informations et un magistrat qui offre une récompense pour l’arrestation d’un criminel», selon lui. Et les contribuables qui s’acquittent honnêtement de leurs impôts ont le droit d’exiger que les fraudeurs soient punis, car «comment un retraité avec 500 euros par mois pourrait-il accepter que le fisc fasse pression sur lui alors que les gros comptes en Suisse s’en tirent sans dommage?»

Décidément, «la vente de données bancaires fait recette» et «le secret bancaire suisse n’est plus qu’une légende», peut-on enfin lire sur le site d’ Euronews.