Lorsque le premier pays producteur et consommateur d'acier annonce la mise en place d'une politique sectorielle nationale, les oreilles se tendent. En effet, quand Pékin s'est mis à importer de l'acier en masse pour maintenir la croissance de son secteur de la construction, la tonne du métal est passée de 300 dollars en janvier 2003 à 700 dollars en août 2004. Quand la production locale s'est mise à monter en flèche pour remplacer les importations, les prix ont plongé de 40%.

L'un des grands axes de la politique «acier» dévoilé mercredi devrait rassurer les acteurs mondiaux de l'industrie. Le gouvernement a en effet interdit la création de nouvelles aciéries.

Le rythme de croissance de la production pourrait donc fléchir légèrement et ne pas atteindre les estimations essaimées plus tôt dans l'année: une progression plus forte de l'offre (+17,7% à 348 millions de tonnes) que de la consommation en 2005 (+10,2% à 305 millions de tonnes) qui promettait de faire pour la première fois de la Chine un pays excédentaire en acier et donc de diminuer ses achats.

Une très mauvaise nouvelle était tombée peu de temps auparavant. L'agence de presse officielle Chine Nouvelle avait révélé que près de 2 millions de tonnes d'acier sont stockées dans différentes villes du pays. Ces informations, venues du pays qui produit 26% de l'acier mondial l'an dernier contre 15% en 2000 et se trouve être le premier importateur mondial, avaient provoqué un nouvel effondrement des cours. L'annonce de mercredi pourrait inverser la tendance.

Concentration du secteur

D'autant que pour calmer ses partenaires, Pékin a accepté en février une hausse de 71,5% du prix de son acier, annulé en avril le dégrèvement de 13% de taxes accordé aux exportateurs d'acier en barre et en lingot, puis enfin rétabli en juin une taxe à l'exportation de 17%.

Si les répercutions diplomatiques de cette série de mesures se sont avérées assez positives, les producteurs nationaux, au premier rang desquels Baosteel, le numéro un chinois du secteur, ont vu leurs marges s'effondrer.

Le Bureau national des statistiques avait ainsi précisé, courant juin, que la hausse des profits enregistrés lors des cinq premiers mois par les producteurs chinois était ainsi passée en un an de 136% à 18,4%.

Ce résultat était probablement en partie recherché par le gouvernement.

Comme il l'a également déclaré mercredi, il a placé en tête de ses priorités la restructuration et la concentration du secteur. Deux cent soixante-quatre fabricants d'acier sont dénombrés dans le pays. Parmi lesquels de nombreuses entreprises en mauvais état financier et dont la qualité de la production n'atteint pas les critères internationaux.

Le recentrage à terme autour de deux grands groupes nationaux, en l'occurrence Baosteel et Anshan Iron and Steel, pourrait permettre la réalisation d'importants gains de productivité.

Pour entrer dans la cour des grands, Pékin a choisi de faire appel à ses principaux concurrents. Ainsi, la première entreprise mondiale du secteur, Mittal Steel, a annoncé en février la création d'un joint-venture avec un producteur chinois. Les avantages sont évidemment partagés: apport de technologie contre entrée sur le marché chinois où la production reste peu coûteuse.

Mais les étrangers ne seront pas autorisés à être majoritaires dans les futurs joint-ventures. Les matières premières s'affirment comme un secteur stratégique pour le gouvernement.