SOCIAL

Actares veut mettre le développement durable au centre des préoccupations des entreprises

Pour sa nouvelle campagne, l'association veut inciter les sociétés cotées à s'exprimer sur leurs initiatives dans les domaines environnemental et social. Et, pour se faire entendre, elle utilise les assemblées générales comme un lieu de débat

«Serono étudie le meilleur moyen de communiquer à ses actionnaires l'analyse environnementale qu'elle mène sur ses propres activités.» C'est en substance la réponse qu'a obtenue Actionnariat pour une économie durable (Actares) quand il a demandé à la firme genevoise de lui communiquer ses initiatives dans ce domaine. Créée en mars, cette association d'actionnaires entend nouer un dialogue constructif avec les entreprises suisses cotées en Bourse pour les inciter à adopter un comportement responsable en matière social et environnemental. La prise en considération de critères éthiques dans les affaires constitue désormais une tendance forte. Selon Sarasin & Cie, sur les 24 sociétés membres du SMI, quinze se sont déjà dotées de rapports environnementaux et deux de rapports sociaux. En tant que représentant d'actionnaires de grandes sociétés, Actares utilise les assemblées générales comme un lieu de débat pour inciter à la rédaction et à l'actualisation de telles études.

Pour sa campagne 2000, Actares a choisi de contacter un groupe d'entreprises qui n'avaient encore jamais rien publié dans le domaine environnemental. C'est le cas de Bobst (machines d'emballage), Schindler Holding (ascenseurs et escaliers), Serono (biotechnologie), Zellweger Luwa (électronique pour textile et ventilation industrielle). Quant à UBS et au Credit Suisse Group qui se sont déjà prêtés à cet exercice, l'association a souhaité qu'ils informent aussi leurs actionnaires par la voie de rapports sociaux annuels. Particularité de ces six firmes, elles sont toutes cotées, ce qui fait que chaque cotisant au fonds de compensation AVS peut en être actionnaire de manière indirecte. De plus, ces entreprises sont loin d'être de mauvaises élèves dans le domaine environnemental et social, «mais elles ne communiquent encore pas assez dans ce domaine», explique Edouard Dommen, d'Actares.

Si presque toutes ces compagnies ont noué un dialogue avec l'association, peu ont donné un écho favorable à la suggestion d'Actares de publier chaque année un rapport spécifique sur ces questions. Dans le cas de Bobst, l'industriel se soucie depuis plusieurs années déjà du tri des déchets, de l'utilisation de matières recyclables ou des dispositions spéciales en matière de lavage des pâtes de nettoyage imbibées d'huiles. Une charte définissant clairement la politique d'entreprise en matière de santé, de sécurité au travail et de protection de l'environnement existe également depuis six mois. Fait nouveau, Bobst s'est engagé à distribuer ce document également à ses actionnaires et à un public plus large. Pour son directeur, Andreas Koppman, l'essentiel reste toutefois la mise en pratique journalière de ces mesures plutôt que leur publication.

Trois quarts d'heure d'échange téléphonique, c'est ce à quoi Edouard Dommen a eu droit avec Alfred Schindler en personne. Un patron qui se dit soucieux des économies d'énergie que ses ascenseurs peuvent générer et qui informe déjà ses clients dans ce sens. Quant aux actionnaires de Schindler, ils recevront des données environnementales dans le prochain rapport d'activité. L'entreprise reconnaît toutefois concentrer prioritairement ses efforts sur la recherche et le développement et travaille actuellement à sa certification ISO14000.

«Faut-il créer une bureaucratie pour être capable de dire combien de litres d'eau nous utilisons ou plutôt investir dans la recherche pour réduire l'impact environnemental de nos produits», s'interroge Riccardo Biffi, porte-parole de Schindler. C'est une alternative qu'évoquent souvent les entreprises interlocutrices d'Actares. Si elles se soumettaient aux deux, ces dernières pourraient sûrement contribuer plus efficacement à un développement durable.

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