Actelion est relancé. Le groupe bâlois a publié mardi des chiffres supérieurs aux attentes. Son patron, Jean-Paul Clozel, était rayonnant lors de la conférence téléphonique réunissant analystes et journalistes.

«2015 a été une année fantastique avec des bonnes nouvelles dans tous les domaines», souligne-t-il. Au-delà des résultats financiers, la société fondée il y a 17 ans sur la base d’un seul médicament, Tracleer contre la tension artérielle pulmonaire (PAH), affiche son succès par la transformation réussie de son modèle d’affaires.

Le nombre de médicaments en développement a fortement augmenté et une diversification des thérapies est en place. La société, dont le bas cours de l’action en faisait-il y a quelques années une proie facile pour un acquéreur parmi les grands groupes, est parvenue à rester indépendante. Elle a non seulement résisté à la vague de fusions qui a secoué l’industrie pharmaceutique, mais se retrouve aujourd’hui dans une position de petit chasseur plutôt que de proie, avec un cours de l’action qui a progressé de plus de 20% en un an, et de 1% durant la journée de mardi.

«Nous avons transformé la compagnie et créé une diversification de notre innovation», souligne Jean-Paul Clozel.

La société prévoit une croissance du bénéfice d’exploitation dans la fourchette de 1 à 4% l’an prochain, ce qui est ambitieux dans un contexte de perte du brevet de Tracleer dont le chiffre d’affaires s’est élevé à 1,2 milliard de francs en 2015, sur un total 2,04 milliards. Les analystes s’attendaient à une baisse de 3%.

«La solide performance de 2015 donne confiance pour 2016», souligne Stefan Schneider, analyste de Vontobel. L’analyse de Chi Tran-Brändli, de Safra Sarasin, est plus réservée: «La visibilité de cette année sera faible à cause de l’incertitude autour du calendrier de lancement des versions génériques de Tracleer».

Les génériques, lancés en général sur le marché avec une baisse de prix de 30% ou plus, conduiront à une nette érosion des ventes de Tracleer. Elle interviendra plus tôt que prévu. En Europe, en moyenne, la perte de brevet de Tracleer interviendra en 2017, mais des produits génériques se trouvent déjà sur certains marchés, en particulier en Espagne et en Grèce. Aux Etats-Unis, le brevet est échu depuis novembre dernier et des discussions sont en cours entre les autorités d’homologation et huit entreprises intéressées à lancer un générique.

Cette perspective ne ternit pas l’optimisme de Jean-Paul Clozel. «Nous avons désormais trois médicaments et plus un seul pour le traitement de l’hypertension artérielle pulmonaire». Actelion dispose en effet d’une gamme qui permet de traiter la maladie à tous ses stades de développement. Opsumit représente une nouvelle génération qui devrait assurer une grande partie de la substitution de Tracleer. Les ventes réalisées en 2015 se montent à 516 millions de francs. Un autre médicament, dont le chiffre d’affaires annuel potentiel dépasse un milliard de francs, vient d’être approuvé aux Etats-Unis. Il s’agit d’Uptravi qui utilise un autre mécanisme d’action contre la tension artérielle pulmonaire, prescrit en association avec un autre médicament et aussi utilité en cas de malformation congénitale.

Actelion dispose de treize projets en développement clinique, dont un dans un nouveau domaine thérapeutique pour la société: la lutte contre la sclérose en plaques.

En 2015 le groupe a enregistré une hausse des ventes de 4%, et une progression du bénéfice opérationnel de 9%, à 814 millions de francs.