Jean-Paul Clozel, patron de l'entreprise de biotechnologie bâloise Actelion, a fait durer le suspense avant de signer l'accord dévoilé lundi. D'une valeur potentielle de quelque 3 milliards de francs, soit la moitié de la capitalisation boursière de la société, il donne un puissant deuxième souffle à l'entreprise fondée il y a dix ans sur le modèle des biotech américaines.

Depuis de nombreux mois tous les observateurs se demandent qui de Sanofi Aventis, Novartis, Pfizer ou GlaxoSmithKline (GSK) sera le partenaire de choix d'Actelion pour poursuivre le coûteux développement et commercialiser, sans doute dès 2011, un nouveau médicament contre l'insomnie. C'est finalement le britannique GSK, deuxième groupe pharmaceutique mondial qui emporte le morceau.

La société bâloise, forte de 1800 employés, au chiffre d'affaires annuel de 1,32 milliard de francs, et bénéficiaire depuis avril dernier, réalise un coup de maître. Au vu du contrat signé, elle fait jeu égal avec le numéro deux mondial qui emploie quelque 100000 personnes. Les bénéfices tirés de la commercialisation espérée seront en effet répartis à parts égales. Actelion a également obtenu une forme d'association pour pouvoir entrer dans le réseau des médecins généralistes, nouveau pour elle puisque 90% de son chiffre d'affaires est réalisé avec Tracleer, produit contre l'hypertension pulmonaire.

Le médicament prometteur contre l'insomnie, dénommé Almorexant, entré en phase III fin 2007, représente, selon les scientifiques d'Actelion, le plus grand progrès depuis le Valium découvert par Roche au début des années1960. Almorexant inhibe une hormone, l'orexine, qui encourage le cerveau à rester éveillé. Il rétablit ainsi le sommeil «naturel» sans l'effet anesthésiant et les effets secondaires (perte de mémoire) des hypnotiques actuels.

Actelion poursuivra en priorité les études cliniques sur l'insomnie dite primaire (psychophysiologique) qui touche 20 à 30% des 150 millions de personnes insomniaques dans le monde. GSK couvrira 40% des frais de développement. Deux autres indications de l'orexine, non publiées par les sociétés mais sans doute liées aux autres formes d'insomnie, voire à la dépression ou à la maladie d'Alzheimer, sont couvertes par l'accord.

Potentiel de 5 milliards

150 millions de francs sont versés immédiatement à Actelion par GSK. 415 millions supplémentaires compléteront cette somme en cas de succès de la première indication thérapeutique, puis 2,7 milliards pour les deux autres indications. Andrew Weiss, analyste de Vontobel, estime le potentiel d'Almorexant à 5 milliards de francs de ventes annuelles.

Le cours du titre a progressé de 3,6% hier à la clôture de la bourse suisse, après s'être envolé de plus de 8% en début de séance. Jean-Paul Clozel a récemment rappelé qu'Actelion n'était pas à vendre et voulait se donner les moyens de rester indépendante. C'est fait.