Pharma

Actelion est vendu mais renaîtra sous une autre forme

Johnson et Johnson se porte acquéreur de la biotech bâloise Actelion pour 30 milliards de dollars. Mais le groupe suisse renaîtra sous la forme d'une société de recherche et développement

Derrière l'annonce faite ce matin de la transaction conclue entre le groupe américain Johnson et Johnson (J&J) et la grosse biotech bâloise Actelion, qui emploie 2560 personnes et réalise un chiffre d'affaires annuel de 2 milliards de francs, se cache de subtiles négocations. Elles aboutissent à un accord très original. En effet, Actelion est achetée, via une offre publique d'achat, pour quelque 30 milliards de dollars (30,05 milliards de francs suisses) mais continuera d'exister sous la forme d'une société de pure recherche et développement. Cette offre correspond à une prime de 46% sur le cours moyen de l'action Actelion sur les 60 derniers jours.

Concrètement, J&J, ou plutôt sa filiale pharmaceutique Janssen, prend possession des médicaments d'Actelion déjà commercialisés et des médicaments en dernière phase d'études cliniques qui vont entrer sur le marché dans deux à trois ans. Par contre tout le reste, soit quatre recherches cliniques moyennement avancées et cinq études en phase initiale, resteront en main d'une nouvelle Actelion, dont le nom devra être trouvé, qui sera cotée à la bourse suisse.

Partage en deux

J&J possèdera 16% de cette nouvelle société qui disposera au départ d'un capital en argent liquide d'un milliard de francs suisses. Une option pour porter la part de J&J à 32% est ouverte. Cette forme de partage en deux de l'actuelle Actelion correspond aux voeux de son fondateur et directeur Jean-Paul Clozel qui possède 5,03% du capital-actions. Les premières discussions avec J&J, annoncées le 25 novembre 2016 avaient brutalement été interrompues le 14 décembre. Manifestement, les dirigeants de J&J voulaient l'entier de la société, y compris la totalité de son «pipeline», soit toute sa recherche et développement pour quelque 27 milliards de dollars. Le groupe américain est revenu à la table de négociation le 21 décembre dernier en acceptant l'idée d'un partage d'Actelion en deux.

Jean-Paul Clozel n'avait sans doute pas l'envie d'être si riche, mais surtout si rapidement retraité. Avec son épouse de formation scientifique, il s'est toujours fait une haute idée de l'importance et de la valeur de la recherche de nouveaux médicaments, en particulier pour le traitement de l'hypertension artérielle, franchise qui a fait la réputation de la société bâloise.

La création d'une nouvelle société cotée en bourse laisse la voie ouverte à d'autres découvertes et à la poursuite des études précoces déjà en cours. J&J hérite de sept médicaments déjà commercialisés. Il s'agit principalement de produits contre l'hypertension, mais également d'un médicament contre les mycoses. Le groupe américain prend également possession des études cliniques en phase III qui développent la franchise contre l'hypertension, et a aussi obtenu une option sur une nouvelle indication dans ce domaine actuellement en phase intermédiaire II des études cliniques. J&J acquiert en outre des projets de médicaments contre la sclérose en plaques en phase III.

De la recherche pure

La nouvelle Actelion comportera la recherche pure, où s'activent 366 chercheurs, et une partie du développement clinique qui compte au total 440 personnes. Toutes les fonctions de vente et marketing et certaines fonctions centrales seront supprimées, ce qui représente plus de 1500 employés. Les 30 succursales d'Actelion dans le monde seront également reprises, et sans doute synergisées, par J&J.

L'accord permet à J&J, huitième groupe mondial purement pharmaceutique si l'on exclut ses activités dans les appareils médicaux et les cosmétiques, de renforcer sa franchise dans le domaine cardiovasculaire. Plusieurs médicaments sont déjà sur le marché et sept études cliniques sont conduites. Mais J&J est aussi actif en oncologie, en immunologie et en neurologie. Le groupe américain gère également une division de vaccins. Il réalise un chiffre d'affaires annuel de 71,9 milliards de dollars, dont 33,5 milliards dans le domaine pharmaceutique.

Stefan Schneider, analyste chez Vontobel, souligne les propos de Jean-Paul Clozel qui se réjouit, dans le communiqué de presse, que J&J reconnaisse l'expertise qui a été constituée durant les 20 dernières années par Actelion. Le patron de la nouvelle société se dit enthousiaste à l'idée de «continuer à développer de nouveaux médicaments dans de nombreuses voies thérapeutiques».

La solution trouvée permet, par une transaction inédite dans l'industrie pharmaceutique, de maintenir un centre de compétence de recherche et développement original en Suisse.


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