Mercredi, l'IMD (International Institute for Management Development) remettait à Lausanne les diplômes de la volée 2001, à l'occasion d'une cérémonie caractérisée par un optimisme de mise: sur les 81 lauréats présents, 64 ont déjà signé un contrat d'embauche à hauteur de leurs qualifications, et les autres sont en passe de conclure. Quant à la classe 2002, elle est d'ores et déjà constituée. Chaque année, l'institut reçoit environ 900 candidatures pour 90 places disponibles. Autant dire que les participants sont triés sur le volet. Ils ont généralement la trentaine et déjà six ou sept années d'expérience professionnelle. Malgré ce succès, les dirigeants de l'établissement ont décidé d'apporter des changements importants à leur cursus MBA, changements qui seront effectifs dès janvier 2002. L'occasion de faire le point avec le professeur Sean Meehan, spécialiste en marketing stratégique et maître d'œuvre du nouveau programme, sur l'enseignement du management et les défis qui attendent les dirigeants d'entreprise de demain.

Le Temps: Pourquoi avoir ainsi modifié votre programme MBA? L'ancien était-il devenu obsolète?

Sean Meehan: Avec l'INSEAD à Fontainebleau et la London Business School, nous comptons parmi les meilleures écoles de management au monde. Le taux de satisfaction de nos partenaires n'a jamais été aussi élevé. Mais si nous voulons conserver notre position de leader, nous ne devons pas nous endormir sur nos lauriers. D'une certaine manière, nous mettons en pratique le principe que nous transmettons régulièrement à nos clients: «Appliquez le changement, même s'il n'y a aucune raison apparente de le faire!» C'est une question de dynamique.

– Quels sont, selon vous, les principaux défis qui attendent les managers du futur?

– Notre objectif est clairement d'amener nos diplômés au sommet de la pyramide de l'entreprise, c'est-à-dire à des postes de PDG. Leurs qualifications doivent les placer sur la liste, restreinte, des personnes susceptibles d'occuper ce type de position. Tout d'abord, ils doivent avoir du leadership, c'est-à-dire une vision. Où veulent-ils emmener l'organisation qu'ils dirigent? Ils doivent également devenir des entrepreneurs, aptes même au sein d'une grande société, à concrétiser des projets de A jusqu'à Z. Et enfin, les dirigeants de demain devront savoir travailler en réseau. Suite aux nombreuses fusions, acquisitions et coentreprises réalisées ces dernières décennies, les organisations sont de moins en moins verticales, et leur environnement de moins en moins structuré et de plus en plus ouvert. Demain, tous les acteurs de l'économie seront contraints de travailler ensemble, y compris lorsqu'ils sont concurrents.

– Quelles sont les modifications et les innovations les plus importantes que vous ayez apportées à votre programme MBA?

– Nous allons travailler sur le comportement par le biais d'exercices en équipes, où nos étudiants auront l'occasion de développer leur leadership. Puis, ces groupes se rendront dans les Balkans. Là, ils analyseront les problèmes cruciaux et les actions entreprises sur place par les dirigeants économiques, politiques et sociaux pour reconstruire une société décimée par les conflits. L'objectif du voyage étant que les participants, qui dirigeront demain des centaines de collaborateurs, soient conscients de leurs responsabilités au sein d'un environnement qui peut changer radicalement du jour au lendemain. D'autre part, afin de développer l'esprit d'entreprise de nos étudiants, de leur montrer concrètement comment on transforme une idée en une affaire couronnée de succès, nous les ferons travailler avec de vrais entrepreneurs et capital-risqueurs. Ils auront ainsi l'occasion de comprendre, au-delà des aspects techniques, ce qu'entreprendre veut dire. Nous aurons également un volet sur le management des stakeholders. Les participants examineront la signification du leadership dans un contexte où les partenaires de l'entreprise sont de plus en plus nombreux. Ils apprendront à gérer les attitudes, priorités et intérêts, souvent conflictuels des collaborateurs, clients, autorités civiles, organisations non gouvernementales, actionnaires et médias. Et enfin, les étudiants créeront et géreront un réseau virtuel, dont les membres partageront expériences et idées concernant différents domaines du management.

– En finalité, vos étudiants iront de plus en plus sur le terrain. La pratique est-elle en train de supplanter la théorie?

– La pratique est la meilleure des théories. Plus sérieusement, tout programme MBA valable se doit d'avoir des bases théoriques solides. Chez nous, elles sont enseignées avec une très forte orientation pratique. Et le travail sur le terrain permet de former les participants au leadership dans des conditions vécues.