Un Suisse sur deux quitte le monde professionnel avant l'âge légal de la retraite. Finalement, quelles que soient les raisons derrière un départ à la retraite anticipée, c'est là une décision coûteuse qui n'est pas à la portée de tous. Dans l'idéal, la planification d'une préretraite volontaire devrait intervenir à l'âge de 50 ans afin d'organiser le volet épargne personnel nécessaire à combler la réduction à vie des différentes rentes. Mais tel n'est pas le cas lorsque les circonstances économiques vous obligent à prendre une retraite anticipée et, qu'en l'absence de plan social, vous êtes seul à devoir en financer le coût. Or la sécurité financière et un bon état de santé sont en effet les deux conditions d'une retraite de qualité. Il ne faut pas se leurrer: quitter prématurément une activité lucrative pose d'emblée la question du financement. Quel sera le revenu et quel est le capital requis pour pallier le manque à gagner qui accompagne toute retraite anticipée? L'abandon de la vie active avant l'âge réglementaire de l'AVS pose en effet des problèmes concernant les années de transition et la coordination des 1er, 2e et 3e piliers.

Les caisses de pension offrent à leurs assurés la possibilité de percevoir leur rente en général dès 60 ans. Ce choix engendre des réductions de rentes variables d'une caisse à l'autre. En moyenne, on peut noter que la baisse de la rente vieillesse atteint environ 7% par année d'anticipation. Concrètement, la rente LPP diminue de 21% lors d'une retraite à 62 ans au lieu de 65 ans et de 35% à 60 ans. Des chiffres qui donnent le vertige, mais justifiés par le fait que la retraite anticipée intervient justement durant les années où la personne est censée cotiser le plus. Ce n'est pas tout. L'AVS sera elle aussi réduite de 6,8% par année d'anticipation. Selon la loi, la rente vieillesse ne peut toutefois être versée que deux ans avant l'âge requis. Mais cela ne dispense pas de payer les cotisations jusqu'à l'âge légal de la retraite. Ces cotisations annuelles ne sont plus fonction du salaire. Elles sont déterminées par la fortune imposable et le revenu annuel (rentes LPP). Leur montant varie de 425 fr. (minimum) à 10100 fr. (maximum) par personne.

L'importance du budget

Dès la décision prise, il importe de savoir si l'option choisie est financièrement réalisable et quel en sera le coût effectif. Pour ce faire, le futur retraité va s'attacher à récolter des données essentielles auprès des organismes concernés et préparer un budget comprenant ses revenus à venir (rente de la caisse de prévoyance, rente AVS, autres revenus) et surtout le montant de ses dépenses. Prenons un exemple simplifié: Paul, 50 ans, souhaite cesser de travailler à 60 ans. Il estime avoir besoin de 10000 fr. par mois à la retraite. Ses revenus mensuels atteignent 5000 fr. Il lui manque donc 5000 fr. par mois ou 60000 fr. par an. Pour combler cette lacune jusqu'à 65 ans, Paul a besoin d'un capital de 300000 fr. (5 ans x 60000 fr./an). Mais ce calcul ne reflète pas toute la vérité. Cette somme de 300000 fr. est valable dans la seule hypothèse où ce capital, dont Paul devra disposer à 60 ans pour effectuer des retraits mensuels, n'est pas rémunéré. Placé à 2% d'intérêt annuel net, le capital nécessaire ne sera déjà plus que de 285000 fr. Et à 4% d'intérêt, ce ne seront plus que 272000 fr. Puis à partir de 65 ans, la lacune ne se montera plus qu'à 2000 fr. par mois étant donné que Paul commencera à toucher sa rente AVS (couple) de 3000 fr. Pour financer les lacunes pour les 20 prochaines années, Paul aura besoin d'un capital supplémentaire de 396000 fr. si placé à 2% ou 331000 fr. à 4%.

Plan d'épargne personnel

Reste que dans tout ce processus de planification, le plan d'épargne personnel est primordial pour constituer jusqu'au moment de la préretraite le capital nécessaire à couvrir des besoins financiers futurs. Ce plan d'épargne ne doit pas être fait à la légère et c'est pour cette raison que l'on recommande de s'organiser la cinquantaine venue. Il peut inclure entre autres un 3e pilier a (lié) ainsi que des rachats de cotisations dans la caisse de prévoyance. Les deux procédés ont l'avantage d'être fiscalement intéressants.