L'annonce de l'offre publique d'échange (OPE) de TotalFina sur Elf Aquitaine a surpris tout le monde à Téhéran, où les deux compagnies françaises sont les plus gros opérateurs étrangers. Total en pionnier puis Elf ont emporté chacun deux projets majeurs de la plus importante ouverture pétrolière en Iran depuis la Révolution. La somme cumulée de leurs contrats dépasse les 3 milliards de dollars, ce qui les place loin devant les Russes de Lukoil et de Gazprom, les Indonésiens de Petronas, les Italiens d'Agip et les Néerlando-Britanniques de Shell.

Pour Total, c'est surtout de l'énorme champ gazier de Pars Sud qu'il s'agit, avec un contrat spectaculaire de 2 milliards de dollars en 1997 pour produire à terme 3 milliards de mètres cubes de gaz par jour, doublé d'un autre contrat à la fin 1998. Elf, plus lent, a mis les bouchées doubles cette année avec le champ gazier de Doroud (500 millions de dollars) en février auquel s'est associé Eni-Agip et le champ pétrolier de Balal (300 millions de dollars) en avril, avec les Canadiens de Bow Valley.

Du côté iranien, les premières réactions sont positives. «Cette fusion pourrait permettre au nouveau groupe de négocier en meilleure position et de renforcer encore sa présence en Iran», déclare à Bloomberg Salahi Farooz, directeur des relations internationales au Ministère du pétrole. Bijan Ghodstinat, un des patrons de la Chambre de commerce, insiste sur la complémentarité des projets opérés par les deux compagnies.

Les représentants locaux d'Elf et de Total se sont refusés hier à tout commentaire mais l'ambiance chez les Occidentaux était moins optimiste. «Cette fusion pourrait limiter les possibilités françaises en Iran, explique un diplomate. La compagnie nationale NIOC a toujours eu pour stratégie de diversifier ses partenaires. L'Iran a mis 40 projets sur le marché et la France espère bien ne pas en rester là». Les difficultés qui pourraient attendre le nouveau groupe sont confirmées par Bijan Kajehpour, directeur de la revue Iran Energy Focus: «La NIOC ne cesse de répéter qu'elle ne donnera pas plus de deux projets par compagnie, dit-il. Je m'attends à un net durcissement des négociateurs iraniens envers les Français si la fusion se confirme.»

De fait, la France a eu droit à un traitement de faveur, vu sa détermination à braver l'embargo américain sur les investissements pétroliers en Iran. Mais la période de grâce pourrait toucher à son terme. Les relations politiques se sont détériorées en avril entre les deux pays après la visite annulée à Paris du président Khatami. Téhéran réagit aussi très mal aux déclarations françaises dans l'affaire de treize Juifs iraniens arrêtés et passibles de pendaison pour «espionnage».