Le private equity (PE) à portée de chaque portefeuille - telle est l'ambition affichée par l'émergence de nouveaux fonds de PE cotés sur les Bourses européennes. La question que je me pose est, quelle est la place de ces produits dans un portefeuille?

Regardons d'abord les bénéfices d'un investissement dans le PE en tant que classe d'actifs. La diversification ou la faible corrélation avec les actions et les obligations, est l'argument le plus utilisé. Vient ensuite la performance, dite supérieure aux actions. En examinant le premier facteur, il s'avère que le PE n'est pas aussi décorrélé des marchés traditionnels qu'on pourrait le croire. Les études s'accordent sur une fourchette de 0,4 à 0,6. On peut donc conclure à une corrélation «moyenne» du PE aux actions. Il n'en est rien par contre si l'on remplace les actions par des facteurs macroéconomiques. Le PE s'avère fortement lié à la croissance du PNB américain, par exemple.

S'agissant de l'argument de la performance, s'il est vrai que sur le long terme votre investissement dans le PE vous aurait rapporté entre 12 et 14% par an contre 6 et 8% pour les actions, vous n'aurez pas été épargné par les baisses au début des années 90, en 98 ou en 2001-02. Les gérants de PE utilisent 3 piliers pour générer de la performance: le levier, la restructuration opérationnelle des entreprises, la croissance des multiples de valorisation. Ainsi nous avons connu depuis trois ans l'âge d'or pour les PE, avec des taux d'intérêt bas et la flambée des fusions acquisitions, qui ont conduit à des performances extraordinaires.

Les gérants du secteur accumulent cette année des records en termes de levée de fonds pour leurs produits (20 millards de dollars pour Blackstone, 16 mias pour KKR, 15 mias pour TPG et 11mias d'euros pour Permira). Cependant à côté de ces fonds «traditionnels» qui bloquent le capital pour dix ans en moyenne, certains gérants ont décidé d'ouvrir des fonds cotés en Bourse, qui offrent une liquidité journalière et ciblent les petits investisseurs. Le succès au niveau de la levée des fonds a été au rendez-vous pour ces gérants (5mias pour KKR et 1,5 mia pour Apollo), mais beaucoup moins pour les investisseurs qui ont perdu 15% depuis l'IPO en mai dernier sur le fonds de KKR. De plus, avec ces produits, les bénéfices de la non-corrélation s'évaporent totalement. Pendant ce temps, l'action de KKR est en hausse de 35% depuis le début de l'année...