Extinction Rebellion a manifesté vendredi matin devant les locaux genevois de la Fondation Ethos, qui conseille des caisses de pension suisses. XR lui reproche de ne pas respecter ses engagements en matière d’investissement responsable, car des caisses de pension membres de la fondation sont investies dans Nestlé et Holcim.

Certains étaient déguisés, d’autres ont assuré des chorégraphies, quelques banderoles et graffitis sont apparus sur le parvis de l’immeuble où se trouve Ethos, dans le quartier de Lancy-Pont-Rouge. Un peu avant 10h, plusieurs dizaines d’activistes – des groupes autonomes – sont venus dénoncer dans la bonne humeur ce qu’ils considèrent comme du greenwashing de la part de la Fondation Ethos. La manifestation s’est poursuivie dans le calme après l’arrivée de la police, une quinzaine de minutes après le début de l’action. Une délégation de XR a pu dialoguer avec la direction d’Ethos.

Ethos est un «game changer»

Le choix de cibler Ethos peut paraître surprenant car la fondation a pour but de défendre l’investissement socialement responsable (ISR). Ce qu’elle ne fait pas suffisamment, estime Extinction Rebellion: «Ethos a le pouvoir de faire évoluer les choses, explique un membre du collectif. Elle l’a fait par le passé en obtenant que Nestlé sépare les fonctions de directeur général et de président, en 2005, et pratique des exclusions depuis une vingtaine d’années, lorsqu’elle a décidé de ne plus investir dans Syngenta ou Bayer».

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Or Nestlé et Holcim sont jugées incompatibles avec les valeurs que prétend défendre Ethos, estiment en substance les membres de XR, notamment parce que ces deux groupes émettent plus de CO2 que la Suisse (entre deux et six fois plus, selon différents membres du collectif).

«Nos actions sont complémentaires»

Venu rencontrer les manifestants vers 11h30, le directeur d’Ethos a clarifié plusieurs malentendus. «Ethos ne gère pas les avoirs des caisses de pension, nous formulons des recommandations, que nos membres ne suivent pas systématiquement», a déclaré Vincent Kaufmann. La fondation recommande ainsi d’exclure les acteurs de l’armement, des OGM, du jeu ou du charbon, ce que certaines des 225 caisses de pension membres d’Ethos appliquent.

Autre point de malentendu: les moyens d’action. «Ce n’est pas parce que nous recommanderions à nos membres de vendre leurs actions Nestlé et Holcim qu’ils le feraient, et cela ne ferait pas nécessairement baisser les cours, poursuit Vincent Kaufmann. Au contraire, si Ethos vendait ses actions, cela ferait deux heureux, les présidents de Nestlé et d’Holcim, car ils n’auraient plus de comptes à nous rendre.»

La fondation veut au contraire «en tant qu’actionnaire, continuer à mettre la pression sur les entreprises, notamment en leur demandant de s’engager sur des trajectoires compatibles avec un réchauffement limité à 1,5 degré. Et éventuellement de voter contre les administrateurs lors des assemblées générales si nous ne sommes pas satisfaits», détaille encore Vincent Kaufmann, qui estime que «les actions d’Ethos sont complémentaires de celles d’Extinction Rebellion».

Les exclusions et l'engagement actionnarial sont deux stratégies largement utilisées par la finance durable. Avec la première, les investisseurs ont l'avantage de ne plus être liés aux secteurs dont ils désapprouvent les activités, mais les actions changent simplement de mains, ce qui ne change par grand-chose pour les entreprises concernées. La seconde consiste à amorcer un dialogue avec une société et à tenter d'influencer ses pratiques.

Dernier point, des représentants de XR seront invités au conseil de fondation d’Ethos, en décembre prochain, afin de présenter leurs revendications. Notamment sur un éventuellement renforcement des critères d’adhésion à Ethos. Pour l’instant, les membres sont acceptés à condition qu’ils contribuent aux buts d’Ethos. Et pas qu’ils appliquent systématiquement toutes les recommandations.

«Content d’avoir pu dialoguer»

Sympathisant d’Extinction Rebellion, Etienne s’est dit «satisfait d’avoir pu échanger avec Ethos et que notre message sur les investissements des caisses de pension soit passé. Ce que nous avons fait ce matin montre aussi qu’un dialogue est possible avec les financiers s’ils sortent de leur logiciel délétère et climaticide.»