C'était probablement l'Assemblée générale la plus houleuse de l'histoire de Credit Suisse. Le plan de rémunération - les bonus augmentent malgré une perte de 2,7 milliards de francs l'an dernier - n'était pas assuré de passer. Le président du conseil d'administration, en poste depuis 2011, n'avait jamais été aussi critiqué. Mais après des semaines de critiques à travers la Suisse, les responsables de la deuxième banque suisse restent en poste et empocheront leurs salaires fixes et variables, même s'ils sont un peu moins généreux qu'espéré en mars dernier. Notre suivi en continu

■ 15h25. L'AG touche à sa fin

L'AG est proche de la fin. On sent l'impatience dans la salle. Restent quelques points non controversés à clarifier, pour le comité de rémunération, les auditeurs etc. Mais Urs Rohner, Tidjane Thiam et les autres ont fait le plus dur. Après des semaines de critiques à travers la Suisse, les responsables de la deuxième banque suisse restent en poste et empocheront leurs salaires fixes et variables, même s'ils sont un peu moins généreux qu'espéré en mars dernier. L'esclandre de Greenpeace et des discours virulents de la part des actionnaires n'ont finalement que momentanément ébranlé les hautes sphères de la banque. Et sans avoir réelles conséquences, si ce n'est de montrer que le dispositif de sécurité, bien que musclé en apparence, n'était pas au point.

■ 15h09. Urs Rohner réélu président, Alexandre Zeller rejoint le conseil d'admnistration

«Merci, est-il rétorqué à l'actionnaire mécontent, mais le conseil d'administration soutient Urs Rohner». Les actionnaires aussi, avec 91%. Applaudissements dans la salle. Probablement pas les mêmes que ceux qui félicitaient chaudement Greenpeace et les interventions critiques quelques minutes plus tôt. «Je m'engage à me montrer digne de votre confiance», a commenté Urs Rohner, qui espère «ne plus se retrouver face à des situations» comme l'an dernier. 

Le reste du conseil d'administration a aussi été plébiscité. Les deux nouveaux venus, Alexandre Zeller et Andreas Gottsching, sont aussi accueillis par l'AG. 

■ 14h55. Réélection en cours. «Pas d'exposé rigolo» et carton rouge

Urs Rohner, Iris Bohnet, Rainer Alexander Gut, Andreas N. Koopmann, Seraina Maag, Kaikhushru S. Nargolwala, Joaquin J. Ribeiro, Severin Schwan, Richard E. Thornburgh, John Tiner sont les membres du conseil d'administration qui doivent être réélus. Andreas Gottschling et Alexandre Zeller représentent les deux nouveaux venus.

Nouvelle interruption d'un actionnaire, qui prétend avoir été inscrit pour s'exprimer. Il veut parler de la réélection d'Urs Rohner. «Je vous mets en garde: ce ne sera pas un exposé rigolo.» S'ensuit une salve nourrie de critiques à l'égard de l'avocat en poste depuis 2011 et ancien responsable des affaires juridiques de Credit Suisse. «Il aurait été bien avisé de remettre son mandat en toute humilité et se satisfaire d'un mandat de simple membre du conseil. Rappelons-nous la non-réélection de présidents avant vous dans d'autres entreprises. Nous avons besoin de quelqu'un qui a les pieds sur terre.» Il sort un carton jaune - Urs Rohner avait été averti, dit-il - puis un deuxième qui mène au carton rouge.  

■ 14h50. La direction aura son bonus

C'est le point le plus contesté. Urs Rohner rappelle une fois de plus le geste fait par la direction et le conseil d'administration pour contenter les actionnaires furieux des montants des salaires et des bonus. 

C'était le point le plus sensible, mais malgré les réactions vives, l'AG a accepté les 12,5 millions pour le conseil d'administration à 73%. «Je vous en remercie», a commenté Urs Rohner. Quant au bonus à court terme du directoire, il a passé avec près de 60%. Son salaire fixe est accepté à 82%. Les rémunérations variables à long terme remportent 74% des voix. 

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■ 14h40. L'AG approuve la distribution du dividende

Les actionnaires ont également accepté la distribution du dividende à près de 95%, malgré une perte de 2,7 milliards de francs en 2016. Le montant est de 70 centimes par action. 

Dans tous les cas, une partie des votes avait déjà été enregistrée avant l'AG, certains investisseurs pouvant voter en avance. 

■ 14h18. Vote sur la décharge des administrateurs et de la direction générale acceptée

Plusieurs conseillers avaient appelé à refuser la décharge, estimant que les administrateurs devaient assumer leurs responsabilités et qu'il était trop tôt pour les libérer. Mais un nouvel investisseur, portant une écharpe suisse et disposant des cônes de chantier sur la tribune (pour régler le chantier de Credit Suisse), a obtenu la parole pour dire tout son dégoût des hauts responsables. C'est un intervenant régulier de l'AG, où il s'est déjà exprimé à plusieurs reprises les années précédentes. 

La décharge a été acceptée à 88,5%. Il y a un total de 1,3 milliard de voix qui s'expriment. L'affectation du bénéfice est aussi approuvée. 

■ 14h18. Rapport financier approuvé

Le rapport financier est approuvé à près de 99%.

■ 14h15. Rapport de rémunérations accepté 

58% des actionnaires ont accepté le rapport financier.  «Nous allons réfléchir à notre système», a néanmoins commenté Urs Rohner.

■ 14h12. Les votes vont commencer

Après près de deux heures d'intervention, les actionnaires peuvent passer au vote. Pourraient. Le dernier - treizième investisseur - à s'exprimer trouve que Credit Suisse n'a pas bien répondu à sa question, il insiste sur les rémunérations. Le ton monte et Urs Rohner renvoie l'actionnaire à sa place pour reprendre l'explication sur la procédure de vote.  

■ 14h. Avalanche de critiques: «Vous ne savez pas compter?»

Trois heures et demie après l'ouverture de l'assemblée générale, l'ordre du jour n'a pas avancé: nous en sommes toujours au point un. «Je ne comprends pas qu'on ne puisse pas régler cela en moins de quatre heures.»

Les critiques des actionnaires se faiblissent pas. Les bonus figurent en tête des questions qui fâchent, mais la question du financement du Dakota, la mauvaise performance de l'action et la réélection d'Urs Rohner sont aussi largement débattues. Au total, 13 actionnaires s'étaient inscrits pour prendre la parole. Il y aurait un total d'un peu plus de 1600 personnes présentes dans le Hallenstadion. 

«Vous êtes la dernière personne qui symbolise le passé, Monsieur Rohner», a déclaré un actionnaire, faisant référence à toutes les affaires qui ont miné la banque ces dernières années. «Vous n'avez pas besoin de me le dire, a-t-il répondu, je me vois et, surtout, je vois mes cheveux dans le miroir chaque matin.»

«Pourquoi 40% de baisse de bonus, a poursuivi une autre investisseur. Ce sont les 60% qui doivent disparaître. Vous ne savez pas compter?»

■ 13h. «Echec de la responsabilité d'entreprise»

Après la démonstration, les mots. Katia Nikitenko est venue dire toutes les critiques de Greenpeace à la tribune: «Je veux parler l'échec de la responsabilité d'entreprise de Credit Suisse», a-t-elle commencé, citant le Pipeline du Dakota, que l'organisation accuse d'être en partie et indirectement financé par la banque. La militante faisait suite à Actares, qui a critiqué l'implication supposée de la banque au Mozambique, via des crédits qui auraient servi à acheter des armes par une entreprise publique.

■ 12h30. «Le mieux chez Credit Suisse, c'est le sapin de Noël de la Paradeplatz»

Les actionnaires se suivent et le ton monte. Le troisième à prendre la parole, Hermann Sturchen, s'est d'abord étranglé de l'action de Greenpeace. «Je ne comprend pas que cela ait été possible. Ils ne savent pas voler? Nous, on nous a examinés quand on est arrivé, toutes mes affaires ont été passées au crible. On ne peut pas tolérer de tels agissements.»

Il a embrayé sur un ton caustique: «L'an dernier, on disait que le mieux, chez Credit Suisse, c'était le sapin de Noël à la Paradeplatz. C'est vrai, il est vraiment magnifique, cela vaut la peine de sacrifier un sapin pour cela. Et cela se confirme cette année que le sapin est ce qu'il y a de mieux.»  

«Je vous trouve sympa, Monsieur Rohner. Monsieur Thiam aussi. Mais après ces belles paroles, j'aimerais vous rappeler que pour nous, cette année a été catastrophique», a-t-il assené. Et de faire la démonstration du cours de l'action, des dilutions etc. Avant d'embrayer sur les salaires: «De tels salaires, c'est du vol légalisé, avais-je dit l'an dernier et cela ne change pas.»

Quant aux nouvelles actions qui vont être émises, «nous devrions les recevoir gratuitement».

■ 12h28. «Vous ne nous avez pas vraiment écoutés», rétorque Urs Rohner

«Vous ne nous avez pas vraiment écoutés quand nous avons expliqué notre stratégie», a répondu Urs Rohner à Vincent Kaufmann, sous les huées de l'assemblée. Notamment sur la question de la mise en bourse de la banque suisse, qui était «seulement une option possible et pas une décision».

■ 12h20. Ethos regrette l'abandon du projet de mise en bourse de la banque suisse

Au tour d'Ethos de dire son opposition. «Pour nous, investisseurs à long terme, les pertes de ces dernières années sont devenues insupportables», a commencé le directeur Vincent Kaufmann. Il a aussi reproché les changements de cap de stratégie, regretté l'abandon du projet de mise en bourse de l'entité suisse de Credit Suisse, qui aurait été un investissement intéressant et permis de lever du capital, en évitant l'augmentation de capital, annoncée mercredi. «Prévenir deux jours avant l'AG, c'est montrer un certain mépris à l'égard des actionnaires», a-t-il continué. Enfin, il a sèchement critiqué les rémunérations en hausse des grands responsables alors qu'il y a des licenciements et que les actionnaires souffrent avec une action qui a perdu de la valeur. «On ne peut plus continuer comme ça: il faut refuser la décharge au conseil d'administration, qui doit assumer la responsabilité des événements de 2016, le dividende, les rémunérations et la réélection des président et vice-président», a-t-il conclu.

■ 12h10. Les actionnaires prennent la parole: «Vous vous moquez de nous»

Credit Suisse est un «récidiviste», selon la NZZ. Il faut refuser le rapport de rémunération, a commencé le premier actionnaire à s'exprimer. «Les rémunérations ne sont pas un blanc-seing et vous n'allez pas nous acheter avec une baisse de 40%», a-t-il poursuivi. Le directoire et le conseil auraient mérité des «malus au lieu des bonus». 

«Vous vous moquez des actionnaires», a ajouté le premier actionnaire à s'exprimer. «Si quelqu'un est responsable des actions, donc de l'affaire des subprimes aux Etats-Unis, c'est le conseil qui ne prend pas ses responsabilités.» Applaudissements fournis dans la salle.  

En conclusion, il a souligné voir «le travail difficile du management, qui doit ramasser les miettes de ce qui a été cassé avant vous. Nous vous souhaitons bonne chance.»

■ 11h55. Justifications des rémunérations: «Arrêter l'hémorragie»

C'est au tour du président du conseil de rémunération de prendre la parole pour justifier le programme controversé de rémunération. Il faut rappeler le contexte des décisions, c'est-à-dire l'importante restructuration en cours. «2016 a été une année de transition», a souligné Jean Lanier. Ce qui a causé «un nombre alarmant de démissions chez les cadres les plus productifs. Nous avons dû faire des contrats de rétention pour arrêter l'hémorragie. Il aurait été paradoxal de perdre nos meilleurs éléments dans les activités que nous voulions garder et faire croitre.»

Concernant les plus hautes sphères, il a voulu reexpliquer comment les décisions avaient été prises, avant de connaître le règlement de l'affaire des subprimes aux Etats-Unis. «Nous n'avons pas vu le décalage entre nos perceptions et l'impact chez nos actionnaires de la perte liée au paiement de l'amende», a-t-il expliqué, ajoutant être «particulièrement navrés des sentiments négatifs vis-à-vis de nos décisions de rémunérations». La banque «n'a pas su anticiper les réactions», a-t-il dit, présentant, lui aussi, «ses excuses». Jean Lanier a continué en expliquant avoir alerté la direction générale dès qu'il a vu les réactions et que celle-ci a proposé de réduire ses bonus de 40%. «J'ai un grand respect pour la décision du directoire.»

■ 11h45. Encore une interruption: «Plus d’excitation que ce que j’imaginais»

Troisième interruption pour que les militants redescendent du plafond. «En arrivant en Suisse, on m’avait que c’était un pays tranquille, stable, tout ceci, c’est beaucoup plus d’excitation que ce que j’imaginais», a plaisanté Tidjane Thiam, précisant qu’il lui restait encore trois pages à lire et espérant «qu’on ne prenne pas trop de retard».

Le Franco-Ivorien a commencé son discours en allemand, continué en anglais et conclu en français.

■ 11h15. Interruption de Greenpeace

Des militants ont déroulé une banderole «Stop Dirty Pipeline Deals!» depuis le plafond et juste devant la direction, en référence au pipeline du Dakota, que Credit Suisse aurait indirectement financé, selon Greenpeace. La banque avait déjà nié. Cela n’a pas empêché l’assemblée d’applaudir.

Tidjane Thiam s’est interrompu dans son discours, soulignant qu’il croyait fermement à la démocratie et à la liberté d’expression, avant de reprendre son discours sur les résultats. Nouveaux applaudissements.

Quelques minutes plus tard, nouvelle interruption. «Arrêtez avec cette merde!», a crié un militant de Greenpeace. «Nous sommes aussi actionnaires!». Tidjane Thiam a répondu: «Aucune réaction.» Légèrement agacé que la banderole empêche les actionnaires de voir les graphiques que le directeur général souhaitait présenter, il ajoute: «J’aimerais rappeler que ce jour est important pour le futur de notre entreprise.»

Lire aussi: L’allocution de Tidjane Thiam (en français) et d’Urs Rohner (en allemand)

■ 11h05. «Nos excuses» sur les rémunérations

Urs Rohner est revenu sur les «critiques massives» à propos des rémunérations. «Nous avons constaté une différence de perception sur le fait de tenir compte ou non de l’amende dans les rémunérations. A notre avis, l’équipe de management a atteint ses objectifs et elle n’était pas là au moment du problème qui a été réglé avec l’amende», s’est-il justifié. Lorsque la décision initiale a été prise, «j’avais moi-même eu 37 entretiens personnels avec des investisseurs et rien n’indiquait alors cette différence de perception», a-t-il encore expliqué. «Notre sensibilité n’était pas assez élevée et je tiens à vous présenter nos excuses», a-t-il ajouté.

■ 10h55. Pas d’IPO de la banque suisse, «ce n’est pas une décision improvisée»

Mercredi, Credit Suisse a annoncé une augmentation du capital de 4 milliards de francs. Cela implique que la banque renonce à la mise en bourse partielle de son entité suisse. «Conserver la banque suisse est une décision qui a été prise après une analyse approfondie, en accord avec le directoire, et à l’unanimité», a déclaré Urs Rohner. Ce n’était pas «une décision improvisée et les résultats records de cette entité au premier trimestre confirment la justesse de cette décision», s’est-il félicité.

Lire aussi: L’augmentation de capital de Credit Suisse convainc les marchés

■ 10h30. Credit Suisse a fait de «solides progrès» depuis un an

Urs Rohner rappelle que la direction a renoncé à 40% des bonus. Mais avant d’aborder les questions de rémunération, le président souligne les «solides progrès» réalisés depuis un an par Credit Suisse. La restructuration stratégique avance avec succès, des bénéfices opérationnels dans toutes les divisions. Il a souligné aussi le record atteint dans les actifs sous gestion. «Jamais dans son histoire, Credit Suisse n’a bénéficié à l’international d’une aussi grande confiance de ses clients», a-t-il déclaré.

■ 10h30. Urs Rohner prend la parole

Urs Rohner n’a jamais été aussi contesté. L’avocat, président du conseil d’administration depuis 2011, joue sa réélection, plusieurs investisseurs s’étant déjà dit opposés. Pour l’instant, c’est lui qui dit le mot de bienvenue. Les actionnaires peuvent prendre la parole. Mais «je vous prie d’être bref dans vos interventions», a prévenu Urs Rohner, intéressé à la bonne gestion du temps de l’assemblée générale. «Cinq minutes au maximum», a-t-il précisé.

■ 10h30. Le Hallenstadion affiche complet

Pour accueillir ses actionnaires, Credit Suisse n’a pas opté pour un hôtel de luxe. Pas sûr qu’il y en ait un assez grand pour tous les réunir. La banque a loué le Hallenstadion, plus connu pour ses concerts que pour des rassemblements financiers, qui servira pour un match d’un genre particulier. Le Hallenstadion est complet.


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