Les dirigeants d’UBS comptent au moins un partisan déclaré: c’est GIC, le fonds souverain de Singapour. Le plus gros actionnaire de la banque, avec 6,45% des voix, «soutient l’équipe de direction, laquelle est expérimentée et crédible et qui exécute sans relâche sa stratégie de retour de la banque à la profitabilité», a déclaré jeudi au Temps un de ses porte-parole.

Au lendemain du refus de la décharge aux anciens organes de la banque par les actionnaires, une telle manifestation de soutien est rare. Les autres principaux propriétaires préfèrent garder le silence. Le gérant de fonds de placement et de private equity Capital Group (4,76% du capital) «ne s’exprime pas sur des instructions de vote particulières». Le géant institutionnel Blackrock (3,21% du capital) «ne fait pas de commentaires». Même Riskmetrics, l’un des organismes anglo-saxons qui a fait pencher la balance en recommandant le refus de la décharge, «préfère ne pas commenter des assemblées générales particulières».

Les actionnaires suisses éventuellement intéressés à ce que des poursuites civiles s’engagent ­contre Marcel Ospel et ses anciens collaborateurs n’ont pas encore arrêté leurs positions. «Nous n’avons pas encore discuté de la question de savoir si nous allons nous associer à une procédure», explique un porte-parole de Swisscanto (0,43% du capital), dont le représentant a voté contre la décharge. La Caisse de pension de l’Etat de Vaud, qui a fait de même, ou celle de La Poste, qui «ne dévoile pas ses votes individuels mais suit d’ordinaire les recommandations de la Fondation Ethos», expriment la même indécision.

L’avocat d’affaires François Chaudet, professeur à l’Université de Lausanne, n’est pas plus tranché dans son opinion. Il estime, sur les ondes de la RSR, «extrêmement théorique» la possibilité d’engager une action civile». Cependant, il juge qu’«un tel procès aurait de réelles chances d’aboutir. Dans mon expérience de près de 40 ans, rarement je n’ai vu autant d’erreurs commises par un organe de société», a-t-il poursuivi. La position d’UBS elle-même peut être appelée à évoluer. Son président Kaspar Villiger explique depuis mercredi soir que bien qu’opposé à des poursuites, le conseil d’administration révisera sa position «si de nouveaux faits ou circonstances devaient être mis en lumière», par exemple par une commission d’enquête parlementaire. Au lendemain du vote, les esprits sont encore marqués par l’émotion de la veille. Ils doivent aussi appréhender l’étendue réelle des faits qui peuvent conduire à une plainte. Selon UBS, celle-ci peut porter sur «tous les faits et décisions de l’année 2007», vu que «le directoire du groupe et le conseil d’administration en fonction à l’époque «continuent d’en assumer seuls la responsabilité». Le coût d’une procédure ­civile, présenté par Dominique Biedermann, directeur de la Fondation Ethos, comme prohibitif pour les actionnaires institutionnels suisses, justifie aussi ce frein aux ardeurs.

Mais un procès contre UBS serait-il vraiment hors de leur portée? Le responsable suisse de la société de défense des actionnaires Deminor Elie Nada ne partage pas ce point de vue. Pour preuve: Deminor a déjà lancé, et en partie cofinancé, des poursuites civiles contre le belge Fortis et le français Natixis au bénéfice d’investisseurs lésés. «Lorsque la mobilisation des actionnaires est importante, comme c’est le cas dans ces dossiers, les coûts sont mutualisés sur un grand nombre de plaignants. Ainsi de telles procédures deviennent accessibles même pour un investisseur individuel. D’ailleurs, nous évaluons en ce moment même cette possibilité pour les actionnaires d’UBS», observe Elie Nada. Selon lui, une telle démarche est réalisable en Suisse.

Dans le cas des poursuites contre Fortis et Natixis, les montants engagés par les actionnaires ont pu être limités à un ou deux pour cent des sommes réclamées devant les tribunaux. Le reste est pris en charge par Deminor qui sera remboursé en cas de victoire. Deminor note également que les administrateurs poursuivis ne répondent pas seulement sur leur fortune personnelle, mais sont en règle générale couverts par une assurance en responsabilité civile.