Durant toute la journée de jeudi, le titre Kuoni a joué au yo-yo, signe d'incertitude. Aujourd'hui, l'avenir du premier voyagiste suisse est scellé. Entre Kuoni et First Choice, la fusion n'aura pas lieu. Seules 30,7% des actions de First Choice ont été proposées à l'échange, au lieu du minimum requis de 50%. Le soutien de dernière minute de l'allemand Preussag, qui détient 10% du capital de First Choice, n'a pas pesé lourd dans la balance. Les actionnaires du voyagiste britannique ont sans doute estimé que l'offre de Kuoni, qui aurait obtenu 53% du capital de la nouvelle société, contre 47% à First Choice, était nettement insuffisante.

En avril, lorsque le numéro deux de la branche en Grande-Bretagne, Airtours, avait lancé son offre d'achat sur First Choice, les spécialistes misaient déjà sur l'échec de la fusion. L'offre de l'opérateur britannique, largement supérieure à celle de Kuoni, avait alors séduit les actionnaires de First Choice, dont une majorité avait opté pour Airtours. C'était sans compter la décision de la Commission européenne. En juin, elle annonçait qu'un rachat de First Choice par Airtours pourrait donner une position dominante à la nouvelle entité. Raison pour laquelle elle effectuerait une enquête approfondie. Contraint d'abandonner provisoirement la partie – l'enquête durant des mois – Airtours laissait le champ libre à Kuoni. Encore fallait-il convaincre les actionnaires de First Choice. Ceux-ci ont sans doute préféré attendre une nouvelle offre plus intéressante. En proposant 2 milliards de francs pour First Choice, Airtours leur avait, il est vrai, laissé entrevoir un potentiel de gain bien supérieur à celui qu'ils auraient pu réaliser en fusionnant avec Kuoni. En se basant sur le cours de l'action First Choice de fin avril, la prime aurait atteint 50%. «Si Airtours obtient des conditions acceptables de la Commission européenne, il pourra offrir bien plus que Kuoni car les synergies sont plus importantes», affirmait jeudi à Bloomberg Matin Clarke, gestionnaire de fonds chez Philipps & Drew, qui détient plus de 10% du capital de First Choice. On ne connaîtra qu'aujourd'hui le nombre d'actions Kuoni qui ont été proposées à l'échange. Ce résultat n'a toutefois plus aucune importance en raison du refus des actionnaires de First Choice.

Mais l'échec de la fusion n'est pas forcément une mauvaise nouvelle. Le projet n'avait certes jamais enthousiasmé les spécialistes. Fabrizzio Pauletti, analyste à la Banque Sarasin, estime même que Kuoni avait tout à perdre dans l'aventure. «Kuoni est un acteur de niche, positionné dans un segment haut de gamme. Le voyagiste helvétique a tout intérêt à se développer par ses propres moyens. Avec First Choice, il serait certes devenu l'un des principaux acteurs de la branche en Grande-Bretagne, mais ses perspectives de croissance auraient été limitées, car ce marché est déjà saturé.» Un autre analyste qui tient à rester anonyme est encore plus dur: «First Choice n'est qu'un voyagiste de quatrième classe, alors que Kuoni possède une excellente réputation. L'échec du projet est donc une bonne chose.» Moins critique, Patrik Schwendimann, analyste à la Banque Cantonale de Zurich, pense que «le rapprochement avec First Choice aurait été un premier pas vers la création d'un groupe plus important, appelé à jouer un rôle à l'échelle du continent européen». Mais Kuoni ne restera peut-être pas seul très longtemps. Certaines rumeurs, démenties, font déjà état d'un rapprochement avec le leader européen de la branche, l'allemand TUI, aux mains du géant Preussag. Les deux sociétés vont collaborer en Suisse, elles pourraient, pourquoi pas, développer plus avant cette alliance.

Dans l'immédiat, l'ancien patron Riccardo Gullotti, qui a quitté précipitamment la société en avril, sera remplacé par Hans Lerch, actuel responsable des affaires suisses et incoming. Quant à Daniel Affolter, qui a assumé le poste de directeur ad interim, il se concentrera à nouveau sur ses fonctions de président du conseil d'administration.