Le «bras de fer» opposant les deux géants de la cimenterie, le suisse Holderbank et le français Lafarge pour le contrôle du portugais Cimpor, a connu mardi un nouvel épisode. Réunis en assemblée générale extraordinaire à Lisbonne, les actionnaires de Cimpor ont décidé de ne pas changer les statuts de leur société. Les actionnaires ont plus particulièrement refusé la révision d'un article des statuts qui bloque à 10% les droits de vote de tout actionnaire, indépendamment de sa part dans le capital du cimentier portugais. 58,61% des voix contre 41,39% ont rejeté cette révision soutenue par Holderbank (10%) et son associé Secil (9%), ainsi que Fernhill (9,2%). Défaite cinglante, quand on sait que deux tiers des voix étaient nécessaires à l'entérinement de cette décision. Ce choix bloque toute tentative d'offre publique d'achat (OPA) de la part d'Holderbank.

Ce refus représente aussi une victoire pour Lafarge, concurrent principal du groupe suisse. Au lendemain de l'approbation par les actionnaires du britannique Blue Circle de l'OPA lancée en janvier par le groupe français et suite au refus des actionnaires de Cimpor, ce dernier se profile désormais comme le premier cimentier mondial.

Présence géographique complémentaire

Pour mieux comprendre le long feuilleton Cimpor, il faut remonter à l'été passé. En juin 2000, Holderbank lance avec le portugais Secil (numéro deux au Portugal) une offre publique d'achat (OPA) inamicale à l'égard de Cimpor. Cette OPA vise à contrôler au moins 67% du groupe en voie de privatisation. Cette acquisition se justifie par une présence géographique complémentaire à celle du fabricant suisse. En cas de réussite de l'OPA, Holderbank escomptait reprendre 70% de la capacité de production de Cimpor (18 millions de tonnes), notamment au Portugal, en Tunisie et au Mozambique ainsi qu'une partie des actifs au Brésil (2/3 des activités de Cimpor sont situés dans ce pays).

Pressé par la commission de la concurrence à Bruxelles de se désengager, l'Etat portugais avait opposé son veto aux ambitions helvétiques, estimant que la privatisation de Cimpor devait se réaliser sur concours plutôt qu'à travers une OPA. Actionnaire à hauteur de 12% du cimentier portugais, l'Etat, comme l'avait annoncé au préalable le ministre des Finances Joaquim Pina Moura, s'est cependant abstenu lors du vote. Cette abstention n'aura cependant rien changé au cours des choses. Lafarge, qui détient une participation stratégique de 10% du capital de Cimpor, a voté contre la réforme, ainsi que BCP (10%), premier groupe bancaire privé et de services financiers au Portugal, BPI (1%), quatrième banque privée portugaise, et Teixeira Duarte, numéro un portugais du bâtiment qui contrôle directement ou indirectement environ 16% des actions. Ce vote devrait permettre au cimentier français de poursuivre son «alliance privilégiée» avec BCP et Teixeira Duarte, et former un noyau dur contre toute nouvelle tentative d'OPA du géant suisse pour prendre le contrôle de Cimpor.

L'assemblée générale de mardi pourrait toutefois ouvrir une véritable bataille juridique: Teixeira Duarte, qui pouvait faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre, est accusé de violer la loi interdisant la détention par un opérateur privé de plus de 10% du capital d'une société en voie de privatisation.