Cela fait deux ans qu'EOS négocie dur avec ses actionnaires pour trouver une solution à ses problèmes de surendettement et de sécurité d'approvisionnement. «Vous connaissez le problème, rappelait Jean-Pierre Blondon, directeur général du principal producteur hydraulique romand en conférence de presse mercredi. La libéralisation du marché de l'électricité change notre statut de fournisseur exclusif envers nos distributeurs et sans mesures énergiques, notre bilan aurait rapidement été déséquilibré.» Une menace à prendre réellement au sérieux, en prévision de la guerre des prix qui s'annonce d'ores et déjà sur le marché européen en général et pour laquelle les grands groupes du continent sont en train de constituer de véritables trésors de guerre. Un seul exemple: Electricité de France envisage d'investir 42 milliards de francs suisses dans les trois prochaines années pour conforter sa position, avec comme objectif de réaliser 50% de ses ventes à l'étranger d'ici à 2005.

Pour EOS, un nain parmi ces géants, incontournable toutefois en matière d'énergie renouvelable, la situation est d'autant plus délicate que le groupe a clairement chiffré les ressources nécessaires à l'assainissement de son outil de production, soit un montant colossal de 900 millions de francs. Sans le soutien de ses actionnaires-clients, EOS pouvait difficilement passer le cap de la libéralisation. Or, une «articulation financière», dénommée Plan *, vient d'être validée il y a tout juste un mois. «Les accords passés tiennent compte d'une double nécessité, précisait Jean-Pierre Blondon. Celle pour notre société d'avoir les moyens financiers de produire moins cher, afin de devenir immédiatement concurrentiel sur le marché suisse et européen. Et celle pour nos actionnaires de livrer une énergie à des prix compétitifs.»

Cette nouvelle charte, qui remplace des dispositions arrêtées en 1978, s'articule en trois points. Les actionnaires d'EOS s'engagent d'abord à acheter jusqu'en 2007 des quantités d'énergie correspondant à la moyenne de leurs achats de ces dernières années et à un prix fixe, proche de celui attendu dans un marché libre. Ils vont également mettre à disposition de la société une contribution spéciale de 380 millions, payée sur trois ans et remboursable en nature dès 2007 sous forme de kWh calculés au prix d'approvisionnement. Dernière mesure: si EOS en éprouve le besoin, ils lui consentiront un prêt supplémentaire de 155 millions, convertibles en fonds propres ou postposables. Ces nouvelles règles internes, profitables à l'ensemble des parties, permettent en effet à EOS de sécuriser ses relations commerciales à moyen terme et surtout d'abaisser rapidement ses coûts de production des 6 à 7 centimes actuels par kWh à 4 centimes, jugés comme un facteur essentiel à la pérennité de l'entreprise.

Cette nouvelle manne des actionnaires d'EOS ne lui permet toutefois pas de relâcher ses propres efforts de restructuration mis en place dès 1999. La vente des actifs non stratégiques va ainsi se poursuivre. Après avoir cédé sa participation dans Elca Informatique, EOS va se retirer de Diax en deux temps, lui rapportant 98 millions dans l'immédiat et environ 130 millions en 2003 si le groupe exerce son option de sortie, soit une plus-value totale de 170 millions. Grâce à une opération comptable liée à l'externalisation de son réseau à haute tension, le groupe pourra également disposer de 200 millions supplémentaires en vue d'amortissements de son outil de production.

Performances financières

Les excellents résultats financiers obtenus lors de son dernier exercice permettent enfin à EOS de poursuivre l'assainissement de son bilan. Sur des ventes en hausse de 14%, le groupe a dégagé un résultat opérationnel de 199 millions (+73%), permettant des amortissements exceptionnels de 165 millions, et un cash-flow libre de 274 millions (+43%), ayant largement contribué à un remboursement obligataire de 290 millions. L'endettement à long terme baisse ainsi de 2,8 milliards en 1998 à 2,2 milliards aujourd'hui, avec un objectif de 1,1 milliard en 2004. Pour Jean-Pierre Blondon, «certains ont pu craindre que la situation d'EOS est financièrement insoluble». La réponse du groupe apportée mercredi tend bel et bien à démontrer le contraire.