Les actionnaires de Twitter ont approuvé, mardi, l'accord de rachat de la plateforme par Elon Musk. Le vote, à 98,6% en faveur de la transaction, consolide la position du réseau social à un mois de l'ouverture du procès qu'il a lancé contre Elon Musk pour le forcer à honorer son engagement. Début juillet, le patron de Tesla et SpaceX avait mis fin unilatéralement au contrat signé fin avril pour l'acquisition de Twitter à 54,20 dollars l'action, soit une valorisation de 44 milliards de dollars.

Dans un communiqué de presse, le groupe californien assure «continuer de croire que la prétendue résiliation de l'accord de rachat est invalide et infondée».

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L'audition de Mudge, un lanceur d'alerte

Mais ce scrutin représente une maigre consolation pour l'oiseau bleu décrié en public par un ancien haut responsable. Peiter Zatko, l'ex-chef de la sécurité de Twitter licencié en janvier, a détaillé mardi son rapport remis aux autorités américaines sur des graves failles de sécurité.

«La direction de Twitter trompe les élus, les régulateurs et même son propre conseil d'administration», a déclaré d'emblée aux sénateurs de la commission judiciaire le lanceur d'alerte. «Ils ne savent pas ce qu'ils ont comme données, où elles sont, d'où elles viennent et donc, évidemment, ils ne peuvent pas les protéger», a affirmé l'expert plus connu sous son pseudonyme, Mudge. «Les employés ont trop d'accès (...) peu importe qui a les clefs si vous n'avez pas de serrures aux portes.»

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L'informaticien de 51 ans, recruté fin 2020 après un piratage spectaculaire de certains profils, assure avoir tenté d'alerter les hauts responsables du groupe, en vain. «Ils n'ont pas les compétences pour comprendre l'étendue du problème», a-t-il assené. «Surtout, leurs bonus de dirigeants les incitent à faire passer les profits avant la sécurité.»

«Je n'ai pas fait mes révélations de lanceur d'alerte par méchanceté ou pour nuire à Twitter. Etant donné les dommages réels pour les utilisateurs et la sécurité nationale, j'ai décidé qu'il était nécessaire de prendre le risque personnel et professionnel, pour moi et ma famille, de donner l'alerte.»

Un appui pour Elon Musk

Fin août, la révélation par la presse du rapport du lanceur d'alerte, très respecté dans le milieu de la cybersécurité, avait fait l'effet d'une bombe. Twitter a rejeté ces accusations comme infondées, mais elles sont tombées à pic pour Elon Musk.

Celui qui voulait un temps faire de la plateforme une place publique «essentielle à la démocratie», estime que la société basée à San Francisco lui a menti sur la proportion de comptes automatisés et de spams parmi ses utilisateurs. Elle dépasserait à son avis largement les 5% estimés par la direction de Twitter.

Or Peiter Zatko évoque directement dans son rapport les questions posées par le patron de Tesla sur les bots. Il mentionne des déclarations «trompeuses» de Parag Agrawal, le chef du réseau, et affirme que les outils de Twitter sont «obsolètes», ses équipes «débordées» et «inefficaces».

Des affirmations que les avocats d'Elon Musk essaieront d'utiliser à leur avantage lors du procès prévu pour la mi-octobre dans une cour spécialisée. «Pour Wall Street, le témoignage de Zatko devant le Sénat met plus de pression sur le camp de Twitter», a tweeté Dan Ives, analyste de Wedbush Securities. De son côté, Elon Musk a tweeté un émoji en forme de pop-corn, laissant entendre qu'il suivait l'audition avec délectation.