Barclays est sommée de cesser de financer les énergies fossiles. Emmenés par l’association ShareAction, 11 actionnaires institutionnels et plus d’une centaine d’actionnaires individuels ont présenté une résolution ce mercredi. Ils souhaitent pousser le géant bancaire à ne plus soutenir les entreprises du secteur de l’énergie qui ne respecteraient pas les Accords de Paris. Cette résolution doit être votée lors de la prochaine assemblée générale en mai.

Selon ShareAction, les banques sont à la traîne sur la question du climat et Barclays est le plus mauvais élève européen. S’appuyant sur l’étude annuelle «Banking on climate change», l’organisme estime que la banque a financé à hauteur de 85 milliards de dollars des entreprises impliquées dans des projets d’extraction d’énergies fossiles entre la signature des Accords de Paris en décembre 2015 et la fin de l’année 2018. L’établissement britannique occupe la sixième place de ce classement qui détaille l’action de 33 banques d’envergure mondiale, publié en mars 2019 par plusieurs organisations dont le Rainforest Action Network. Elles sont classées de celles qui investissent le plus dans les énergies fossiles à celles qui les soutiennent le moins.

Les banques sous pression

Plusieurs entreprises du secteur des énergies comme Royal Dutch Shell, BP ou encore Exxon ont fait face à des résolutions d’actionnaires sur le climat en décembre dernier. «Il faut voir que les actionnaires qui font pression sont souvent eux-mêmes poussés par leurs propres actionnaires ou leurs collaborateurs, souligne Philippe Thalmann, un professeur d’économie de l’environnement à l’EPFL. Par exemple les caisses de pension sont en train de s’engager de plus en plus parce que leurs assurés leur demandent de le faire.»

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Mais selon les actionnaires impliqués, Barclays est la première banque européenne à faire face à ce genre de résolution d’actionnaire. «Ces actions au niveau des entreprises et des banques sont complémentaires. Il faut agir des deux côtés, estime Vincent Kaufmann, directeur de la fondation Ethos. L’argent reste le nerf de la guerre donc si on coupe le financement et que le coût du capital devient plus élevé, les entreprises auront plus de mal à développer ces énergies fossiles.» Ce type d’action n’a pas encore eu lieu en Suisse, mais selon Vincent Kaufmann, cet exemple «pourrait donner des idées aux investisseurs».

Un premier test de résistance

Cette résolution à l’encontre de Barclays intervient alors que la banque centrale du Royaume-Uni (BoE) s’apprête à mener le premier test de résistance des banques britanniques au changement climatique. En 2021, elles devront donc dévoiler comment leur activité sera touchée dans le cas d’une augmentation des températures globales de 4°C. Le 30 décembre dernier, le gouverneur de la Bank of England sur le départ, Mark Carney, futur envoyé spécial de l’ONU pour le climat, avait estimé que les entreprises agissaient trop lentement sur la question. Des tests du même type doivent avoir lieu ailleurs en Europe.

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Soumises à ces pressions multiples, les banques commencent à réagir. Certaines, comme BNP Paribas, ont choisi de ne plus soutenir directement l’extraction du pétrole et du gaz de schiste ou l’exploitation des sables bitumineux. «Les risques économiques liés à ces formes particulièrement polluantes d’énergies fossiles sont disproportionnés. Ce sont les premières qui vont perdre leur rentabilité parce qu’elles ne sont plus concurrentielles par rapport à des modes de production plus propres et parce que la réglementation va les pousser hors des marchés. Cela peut être un calcul purement économique», précise Philippe Thalmann.

Une résolution loin d’être adoptée

Pour le moment, le groupe d’actionnaires mené par ShareAction ne représente qu’une faible part de l’actionnariat de Barclays. Ce qui pose question sur sa capacité à faire adopter cette résolution lors de l’assemblée générale de mai. «Un des 20 plus gros actionnaires a déjà indiqué qu’il serait disposé à voter en sa faveur et nous espérons que d’autres feront de même», indique Jeanne Martin, chargée des campagnes pour ShareAction.

D’autres actionnaires de la banque, comme certains fonds d’investissement, eux-mêmes engagés dans les énergies fossiles, pourraient se montrer plus réticents. «Aux Etats-Unis, les résolutions d’actionnaires de ce genre sont plus fréquentes car il suffit de détenir 2000 dollars de capital pour les initier mais les résolutions ne sont pas contraignantes, souligne Vincent Kaufmann. En Europe, les conditions sont plus difficiles à réunir mais les résolutions engagent les entreprises. Si la résolution est soutenue par au moins 20 ou 25% des voix, ce sera déjà un signal fort.» Quelle que soit l’issue de ce vote, ShareAction indique que d’autres actions sont prévues pour l’année 2020.


Credit Suisse face à ses détracteurs sur le climat

Credit Suisse fait également partie des banques ayant récemment présenté des changements dans ses investissements en faveur du climat. A la mi-décembre, l’établissement bancaire a annoncé qu’il cesserait de prêter de l’argent pour des projets spécifiquement liés au développement de nouvelles centrales à charbon. Si elle ne fait pas partie de celles qui investissent le plus dans les énergies fossiles, elle occupe tout de même la 14e place du classement «Banking on climate change», suivie par UBS en 25e position.

Credit Suisse n’est pourtant pas épargné par les critiques. En novembre 2018, 12 manifestants pour le climat s’étaient introduits dans les locaux lausannois de la banque. Grimés en joueurs de tennis, ils souhaitaient attirer l’attention de Roger Federer, ambassadeur de la banque, ainsi qu’alerter sur la responsabilité de la banque dans le changement climatique. Le procès, dont l’issue doit avoir lieu lundi prochain, se tient actuellement à Renens. Ce mercredi, l’activiste Greta Thunberg a relayé sur Twitter plusieurs messages de soutien aux activistes visant Credit Suisse et le champion de tennis.