Les actions asiatiques, hors Japon, ont bondi de 20% en un an. Les titres chinois ont même gagné 42% (indice MSCI Chine). Les valeurs technologiques y ont largement contribué (+72% en Chine). Il existe de bonnes raisons qui incitent à croire que la hausse de l’Asie n’est pas terminée. Après dix ans de sous-performance par rapport aux pays dits industrialisés, l’Extrême-Orient n’a commencé à se reprendre que depuis quelques mois seulement, explique Medha Samant, directrice des investissements en actions asiatiques auprès de Fidelity, lors d’une conférence sur l’Asie, mardi à Zurich.

Révisions à la hausse

Le changement de tendance concerne aussi les bénéfices des entreprises. Après une longue série de révisions des estimations à la baisse, les analystes ont commencé à relever leurs attentes ce printemps. Après une hausse des bénéfices de seulement 1% en 2016, l’augmentation devrait atteindre 15% en 2017 puis 9% en 2018.

Enfin, l’Asie ne représente que 20% de l’indice mondial des actions, contre 38% du PIB, lequel augmente plus rapidement que la moyenne, et 70% de la population mondiale. Le rééquilibrage devrait se poursuivre, suggère Fidelity. Mieux encore, les monnaies asiatiques sont fermes. Elles sont en hausse de 7% depuis le début de l’année, selon l’indice JP Morgan Emerging Markets Forex.

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La poursuite de la hausse ne devrait pas être généralisée. L’évaluation des actions incite à la prudence. Les petites et moyennes capitalisations indiennes sont clairement en train de former une bulle spéculative. Les valeurs technologiques chinoises méritent aussi la prudence et les actions philippines sont chères, confirme Medha Samant. La sélection est cruciale. L’investisseur doit éviter de se laisser aveugler par les tendances macroéconomiques à long terme même si certains chiffres restent impressionnants: les ventes de smartphones de Huawei sont passées de 1,8 million en 2010 à 150 millions cette année. Un véritable boom. L’écosystème asiatique a la chance de passer à la révolution industrielle 4.0 en sautant les étapes, selon Fidelity. Les services en ligne à l’aide d’apps sont d’ailleurs nettement plus étendus qu’en Europe. Et les paiements se font sans cash, avec Alipay ou Tencent.

Augmentation de la part du secteur privé

La composition des indices reflète la transformation économique. En Chine, les services informatiques représentaient 2% de l’indice MSCI il y a dix ans. La proportion est passée à environ 40%. La politique gouvernementale chinoise, qui cherche à accroître la part de la consommation, se retrouve dans les capitalisations boursières. L’industrie a été réduite de moitié. La santé, inexistante en 2007, se rapproche des 5%.

Toutes les bonnes nouvelles ne sont pas dans les cours. Medha Samant évoque par exemple les réformes concernant la propriété des entreprises en Chine et le changement d’imposition des biens et services en Inde, sans parler des progrès de l’intégration des économies asiatiques au sein du projet de route de la soie.

En termes de mise en œuvre de la stratégie, le gouvernement réoriente l’économie vers les services au rythme promis, selon Fidelity. La lutte contre la corruption a pénalisé les groupes du luxe, mais les perspectives sont en train de s’améliorer pour ces derniers. Elle cite par exemple le potentiel de la chaîne d’hôtels Shangri-La.

Les progrès se lisent dans la montée en force du secteur privé, note Dale Nicholls, gérant du Fidelity Pacific Funds. Le pourcentage de capitalisation boursière alloué aux entreprises privées chinoises est passé de 5% en 2005 à 21% en 2010 et 48% en 2016. Il en résulte une plus grande efficience, une hausse de la productivité et une forte hausse des salaires. Ceux-ci ont décuplé depuis la fin des années 1990. Cette progression crée une nouvelle classe moyenne et finance l’investissement dans les nouvelles technologies. A 752 milliards de dollars, le marché du e-commerce chinois est déjà le double de celui des Etats-Unis, selon le gérant. Les paiements mobiles chinois en 2016 correspondent, en 2016, à 50 fois ceux des Etats-Unis.

Alibaba et l’informatique en nuage

Même dans les grandes valeurs technologiques chinoises, le potentiel existe encore pour les investisseurs. Suranjan Mukherjee, responsable du fonds Fidelity-Asian Special Situations, a relevé son objectif de cours pour Alibaba, indique-t-il, parce que le géant chinois n’est pas qu’un leader du e-commerce mais aussi un groupe très bien placé pour profiter des investissements des entreprises dans l’informatique en nuage (cloud computing).

En Chine, ce marché croît à un taux de 45%. L’informatique en nuage profite aussi des progrès de l’intelligence artificielle et du Big Data. Pour l’instant, Alibaba n’enregistre pas de bénéfice dans le cloud computing, alors qu’Amazon y affiche une marge de 30%, mais la tendance est favorable, déclare Suranjan Mukherjee.

Gestion de fortune made in China

Les petites et moyennes capitalisations offrent un meilleur potentiel que les grandes, simplement du fait qu’en Asie les analystes les couvrent moins bien, note Dale Nicholls. Les fonds Fidelity ont par exemple investi dans China Biologic Products dès 2014, dans China Lodging dès 2012, dans Sunny Optical dès 2015. Ce dernier devrait profiter du développement futur de la voiture sans chauffeur, selon Suranjan Mukherjee.

L’investissement en titres asiatiques se justifie même dans des segments que l’on croit réservés aux titres suisses. Dale Nichols mentionne Noah Holdings, dans la gestion de fortune pour très riches Chinois. La société détient moins de 1% du marché, mais la demande est en forte hausse et le management est de grande qualité. A l’heure où toutes les banques parlent d’investir en infrastructures, Fidelity souligne les attraits de Shanghai International Airport.

Enfin, le Japon est en train de se rendre plus attractif aux yeux des investisseurs. La gouvernance des sociétés s’occidentalise, par exemple en matière de dividendes et de rachats d’actions. Dale Nichols apprécie notamment l’évolution et la gestion de Softbank.