Marchés

Les actions et le bitcoin sont en hausse dans un climat «dangereusement optimiste»

Les actions ont commencé l’année en progression, mais les cryptomonnaies sont nettement plus euphoriques, non seulement le bitcoin, mais aussi le Ripple. Les indicateurs techniques signalent toutefois un excès de confiance des investisseurs

Les marchés financiers commencent la nouvelle année sur une note positive (Nasdaq +1,8% mardi, Hongkong +2,5% mardi, SMI +0,2% mercredi à 14 heures) sous l’impulsion de certaines stars de la technologie, à l’image d’Alphabet et de Google aux Etats-Unis, et de valeurs cycliques comme Adecco et LafargeHolcim en Suisse. Les mêmes forces haussières qu’en 2017 semblent perdurer, à la différence près que l’euro faiblit un peu après quatre mois de hausse.

L’adage boursier voudrait que les premiers jours constituent un bon indicateur de l’année à venir. Deux phénomènes ont été bien documentés: l’effet de janvier et celui des premières séances. Le premier suppose une surperformance durant le premier mois de l’année, tandis que le second voudrait que les cinq premières séances prédisent l’évolution de l’ensemble de l’année.

A lire aussi: Le mois de janvier, un indicateur fiable pour l’ensemble de l’année

Aux Etats-Unis, selon le magazine Forbes, dans un article qui se base sur les statistiques de l’Almanach à partir de 1950, une hausse des cinq premières séances s’est vérifiée sur l’ensemble de l’année dans 85% du temps. Par contre, si les premières journées sont négatives, la probabilité d’une baisse durant toute l’année est de 50%.

«L’effet de début d’année n’existe pas», rétorque Otto Waser, associé auprès de R&A Group. L’analyste raconte qu’à la suite de la nette baisse de la bourse chinoise en janvier 2015, il avait réalisé une étude sur le lien entre le premier jour de l’année et l’ensemble de l’année entre 1965 et 2015. La corrélation était presque inexistante (0,12% pour l’indice S&P 500 et 0,09% pour l’indice des actions allemandes). Par contre, l’effet de janvier existe pour les petites et moyennes capitalisations, selon ce dernier. Le site financier Investopedia cite une étude sur la période de 1904 à 1974 selon laquelle le rendement observé en janvier aux Etats-Unis est cinq fois supérieur à tout autre mois.

Sidney Wachtel avait été le premier, en 1942, à analyser l’effet de janvier. Cette inefficience des marchés s’explique par les habitudes d’investissement de certains institutionnels, mais elle s’est amoindrie au fil des années en raison de la capacité d’anticipation des investisseurs.

Excès d’optimisme selon certains indicateurs

Comme en décembre, la confiance des investisseurs reste forte en ce début 2018. Elle s’exprime non seulement par la hausse des bourses mais aussi du bitcoin (+10%, à 15 089 dollars mercredi matin).

A lire aussi: Le bitcoin pour les nuls

L’ensemble des cryptomonnaies est à la fête. Le Ripple, connu sous le nom de XRP, gagne 20% mercredi à 2,78 dollars et devient la deuxième cryptomonnaie en termes de valeur, au détriment de l’Ethereum. Elle profite de l’annonce par trois grandes compagnies de cartes de crédit japonaises de leur intention d’utiliser sa technologie. Le cours du XRP a été multiplié par six en un mois et par 300 en un an.

Les professionnels de la finance ne sont pas rassurés par l’évolution de certains indicateurs de marché. «Le risque a fortement augmenté depuis le début décembre», note Olivier Rigot, associé auprès d’EMC Gestion de fortune, à Genève. «La composante «finance comportementale» des indicateurs de risque traduit un excès d’optimisme», ajoute-t-il. Selon lui, le dernier sondage effectué auprès des investisseurs privés indique que ces derniers n’ont jamais été aussi optimistes depuis plus d’un an. «Je ne serais pas surpris par une correction des actions. Cela permettrait de repartir sur des bases plus saines», déclare le gérant de fortune.

Au total, son indicateur de profil de risque se situe à 85 sur une échelle allant de 0 (bas risque) à 100 (risque élevé). Même la séance haussière de mardi à la bourse de New York ne le convainc guère. «Le rapport entre le nombre de titres en hausse et des actions en baisse n’est pas très élevé», observe-t-il.

Le risque d’une accélération de l’économie

Si la plupart des professionnels prévoient une hausse des marchés actions au cours des premiers mois, Olivier Rigot craint une accélération trop forte de l’économie. Les banques centrales risqueraient d’être en retard dans leur processus de normalisation des taux d’intérêt, notamment la BCE. Les marchés financiers ne manqueraient pas de réagir négativement. Le gérant explique que les signes de manque de travail qualifié se multiplient, par exemple dans la construction en Allemagne, et dans l’aviation. «Nous pourrions assister à la revanche du salarié», explique-t-il.

Dans la perspective de 2018, Olivier Rigot recommande de suivre de près l’évolution de l’euro par rapport au dollar. Sa hausse en 2017 a pénalisé les valeurs européennes. «S’il demeure au-dessus de 1,20 euro, les actions auront de la peine à s’apprécier significativement», déclare-t-il. Mais après une année de hausse des valeurs technologiques et des moyennes capitalisations, l’associé d’EMC pense que le tour du SMI est venu.

Publicité