Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
La perspective d'une guerre commerciale avec les Etats-Unis met en lumière les difficultés actuelles de l'économie chinoise.
© Ahn Young-joon/AP

Investissements

Pourquoi les actions chinoises dégringolent

Présentés comme un placement d’avenir, les titres chinois ont accentué leur recul dans la perspective d’une guerre commerciale avec les Etats-Unis. Mais certains secteurs ont mieux réagi, alors que des investisseurs recommandent déjà de revenir sur les titres chinois

Depuis des années, les intermédiaires financiers recommandent d’acheter des actions chinoises. Leurs cours étaient censés progresser pour refléter plusieurs tendances de fond, dont la transition d’une économie reposant sur les exportations à une croissance tirée par la consommation domestique. Un élément déclencheur était même parfaitement identifié: l’inclusion des A-shares – les actions des grandes entreprises du continent chinois, cotées en yuans à Shenzhen ou Shanghai – dans des indices MSCI.

Or depuis la première étape de cette intégration, le 1er juin dernier, l’indice Shanghai Composite a abandonné près de 11%. Car la perspective d’une guerre commerciale avec les Etats-Unis a mis un coup de projecteur sur les incertitudes entourant le scénario haussier de la Chine.

Près de 40% de la capitalisation boursière des actions chinoises se sont évaporés depuis son sommet historique de juin 2015, à 10 000 milliards de dollars. Avec une valeur proche de 6000 milliards, le marché a même perdu son rang de deuxième bourse mondiale la semaine passée, au profit du Japon, relève la Banque Bonhôte dans une note. La défiance sur les actions de l’Empire du Milieu se traduit aussi par un recul de près de 25% de l’indice Shanghai Composite depuis le début de l’année.

Difficultés macroéconomiques

A près de 7 yuans contre un dollar, la monnaie chinoise approche d’une barrière psychologique. Pour mettre fin à deux mois de recul marqué, la Banque populaire de Chine a pris des mesures le 3 août pour rendre plus coûteux les paris contre sa monnaie. Sans davantage convaincre le marché qu’en 2015, lorsque des mesures similaires s’étaient révélées inefficaces après la dévaluation du yuan.

La sous-performance des actifs chinois – actions, obligations, monnaie – s’explique par des facteurs d’ordre macroéconomique, explique au Temps Daryl Liew, de la banque Reyl à Singapour: «Ces derniers mois, un sentiment défavorable s’est mis en place pour la Chine, mais aussi pour l’ensemble de l’Asie et des pays émergents, à cause de la force du dollar, du relèvement des taux d’intérêt américains, de chiffres moins bons dans diverses régions du monde, et du risque de guerre commerciale avec les Etats-Unis.» Ces incertitudes se sont traduites par des flux de capitaux en dehors des marchés émergents, Chine incluse, précise le responsable de la gestion de portefeuille.

Les actions chinoises n’ont pas non plus été soutenues par la demande intérieure, ajoute Vincent Chan, responsable de la recherche sur les actions chinoises chez Credit Suisse: «Depuis le second semestre 2017, le marché des grandes actions chinoises, les A-shares, a été sous pression à cause des réformes entreprises par le gouvernement, en particulier concernant le désendettement et le contrôle du risque financier. En conséquence, le soutien de la liquidité domestique a été faible.»

Guerre totale «très probable»

La perspective d’une guerre commerciale a néanmoins été au centre des analyses la semaine passée. Mercredi, les douanes chinoises ont révélé que l’excédent commercial chinois vis-à-vis des Etats-Unis a atteint 28,09 milliards de dollars (l’équivalent en francs) en juillet. Tout proche du record enregistré en juin, à 28,9 milliards.

Alors que les deux pays ont multiplié les menaces de sanctions ces dernières semaines, Credit Suisse estime qu’il est «très probable que toutes les taxes» mentionnées par Washington et Pékin «soient mises en place, à cause des mauvaises relations sino-américaines et de l’approche des élections de mi-mandat en novembre. Les négociations n’avancent pas et trouver une solution acceptable pour les deux parties pourrait prendre du temps», poursuit Vincent Chan.

Atténuer la pression

Selon lui, l’impact de ce scénario du pire serait néanmoins limité: «Avec un taux de 25% sur 200 milliards de dollars d’importations américaines de biens chinois, le coût direct pour l’économie chinoise serait dans le pire des cas de l’ordre de 0,2% du PIB en 2018 et de 1,3% du PIB en 2019. Néanmoins, il y aura un effet indirect sur l’investissement industriel. De nombreux secteurs déplaceraient leurs centres de production vers des pays comme la Malaisie, le Vietnam ou le Mexique.»

Avant d’en arriver là, le gouvernement chinois a commencé à prendre des décisions pour atténuer la pression. Ces dernières semaines, le désendettement s’est ralenti, la liquidité a commencé à s’améliorer et Pékin est prêt à investir davantage dans des projets d’infrastructures, poursuit le spécialiste de Credit Suisse. Ce qui explique que les actions chinoises liées au domaine des infrastructures aient surperformé ces derniers jours.

Déjà le moment d’investir?

La boutique d’investissement londonienne Jupiter estime que le secteur informatique aurait également dû se trouver dans la ligne de mire, mais que ça n’a pas été le cas. Ross Teverson, le responsable de la stratégie dans les pays émergents, s’attend à ce que le secteur automobile coréen continue à être la victime collatérale du conflit commercial, après avoir déjà perdu 30% de sa valeur récemment.

A l’inverse, Jupiter, qui gérait 56,5 milliards d’euros fin 2017, voit surtout des opportunités liées à l’inclusion financière en Chine mais aussi au tourisme. Des secteurs qui vont bénéficier des réformes structurelles à long terme. Mardi, la banque JP Morgan a fait un pas supplémentaire en annonçant qu’elle était acheteuse d’actions de pays émergents ayant beaucoup chuté au cours du premier semestre. Cette classe d’actifs a perdu près de 8% depuis le début de l’année.

Les peurs sur le commerce international vont s’atténuer à l’approche des élections américaines de mi-mandat, prévues en novembre, estime JP Morgan. La banque favorise également les monnaies émergentes, mais recommande de rester sélectif dans un éventuel retour sur les actifs émergents, même si les valorisations sont qualifiées d’attractives. Le timing de ce retour sur les actions chinoises fait débat dans les milieux financiers, certains estimant qu’il est encore trop tôt. Reste que JP Morgan réanime au passage le poncif tellement entendu après 2008 selon lequel, en chinois, crise signifie également opportunité.


L’afflux de capitaux étrangers a été très limité

L’inclusion des actions de grandes entreprises chinoises – les «A-shares» – dans l’indice MSCI World, le 1er juin dernier, était supposée pousser les cours à la hausse. Car les nombreux gérants de portefeuille qui répliquent l’indice ont dû acheter les nouveaux titres afin de refléter la nouvelle composition du MSCI. Mais cette première étape de l’intégration n’a pas provoqué de hausse des cours des titres chinois.

Pourquoi? «Nous ne nous attendions pas à une hausse des A-shares, mais à un afflux de capital de la part d’investisseurs internationaux sur le marché de ces actions chinoises, explique Vincent Chan, responsable de la recherche sur les actions chinoises de Credit Suisse. Néanmoins, puisque les A-shares ne représentent qu’environ 0,4% de l’indice MSCI Emerging Markets, l’impact de cet afflux de capital est très limité.»

Credit Suisse estime cet afflux de capitaux à environ 11 milliards de dollars durant cette phase initiale, avant la deuxième étape de l’intégration prévue en août. Soit très peu en comparaison de la capitalisation boursière totale des A-shares, qui est de l’ordre de 6900 milliards de dollars.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)