Les actions chinoises ne sont pas près d’intégrer les indices MSCI

Bourse La société n’inclura pas les titres de Shanghai et de Shenzhen

Sur son site internet, MSCI affiche une photo panoramique de Pudong et de ses gratte-ciel, symboles de la puissance financière de Shanghai. Pourtant, mercredi matin, la société américaine dont dans les indices servent de référence aux investisseurs du monde entier a renoncé à y inclure les actions de la bourse chinoise.

Pékin espérait en faire une nouvelle étape de l’ouverture de la Chine aux capitaux étrangers, un moyen pour l’aider à restructurer son économie, dont la croissance décélère. MSCI estime que 98 des 100 plus grands gérants de fonds du monde utilisent ses données. L’inclusion des actions dites A, cotées en renminbis à Shanghai et à Shenzhen, dans ses indices des marchés émergents apporterait quelque 400 milliards de dollars de capitaux, selon la société fondée par Morgan Stanley et Capital Group, indépendante depuis 2009.

«Cet ajournement est une bonne surprise, réagit Raymond Hêche, de Nivalis, une société de gestion à Hongkong. C’est logique dans la mesure où le marché chinois n’est pas encore très facile d’accès, sans même évoquer des autres aspects comme la protection des investisseurs.»

En novembre dernier, Shanghai a ouvert un lien direct avec Hong­kong, facilitant l’accès aux investisseurs étrangers à la bourse chinoise. Un pont du même type est attendu avec Shenzhen d’ici à la fin de l’année. Cela n’a pas suffi.

«De grands investisseurs du monde entier attendent avec impatience une plus grande libéralisation du marché des actions», s’est justifié Remy Briand, le directeur de MSCI. Une révision pourrait intervenir en 2016, ou avant si la Chine adapte ses règles pour que les actions A soient acceptées dans la cour des grands gérants, caisses de pension ou assureurs étrangers.

Valeur des titres «carrément farfelue» à Shenzhen

Francis Cheung, directeur de la stratégie pour Hongkong et la Chine chez le courtier CLSA, relativise aussi la portée de la décision: «L’inclusion des actions chinoises ADRs (certificats aux Etats-Unis, comme celui de Baidu), prévue bientôt, sera en réalité plus importante pour les investisseurs internationaux. Avec ce changement, les indices ne vont plus essentiellement contenir les grandes entreprises publiques (SOEs), qui représentent l’histoire de la Chine. Ils vont aussi faire une place aux entreprises en croissance rapide, qui constituent son futur.»

La bourse de Shanghai a semblé réagir à la nouvelle, perdant 1,5% quelques minutes après son ouverture. Mais les pertes ont été ensuite plus limitées. Les investisseurs individuels, qui représentent la majorité des transactions quotidiennes, ne sont pas réputés être attentifs à ce genre d’annonce alors que l’indice composite de Shanghai a plus que doublé en un an.

La valeur des actions «est en moyenne ultra-chère à Shanghai et carrément farfelue à Shenzhen», continue Raymond Hêche. Pour l’ancien banquier genevois, «il est à prévoir – et c’est probablement l’espoir secret de MSCI – que la bulle spéculative se dégonflera avant la prochaine revue. Une décision positive serait alors moins dangereuse pour les investisseurs suivant les indices MSCI.»

Dans un rapport publié le mois dernier, Fidelity relevait que le volume quotidien de la bourse chinoise est désormais le double de celui de Wall Street, mais que les investisseurs étrangers n’en représentent que 1%, signe qu’ils n’ont pas profité de la récente hausse. Le gérant américain notait également que les «fonds passifs seront les plus concernés», parce qu’ils reproduisent les indices. Fidelity s’attendait à une inclusion par étapes.