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«Les actions chinoises ne reviendront pas au plancher de septembre»

Les douze mois infernaux au cours desquels les actions chinoises ont perdu 75% de leur valeur, d’octobre 2007 à octobre 2008, seront bientôt oubliés. Depuis, elles sont remontées de 90%, voire de plus de 100% pour celles qui sont cotées à Hongkong. Michael Chiu, gérant en actions chez ING, revient sur les perspectives.

Les douze mois infernaux au cours desquels les actions chinoises ont chuté de 75% seront bientôt oubliés. Depuis octobre, elles sont remontées de 90%, voire de plus de 100% pour celles qui sont cotées à Hongkong. Michael Chiu, gérant en actions chez ING, revient sur les perspectives.

Le Temps: La confiance dans la capacité de la Chine à compenser partiellement la baisse des exportations n’est-elle pas déplacée?

Michael Chiu: Non. L’Asie a tiré les leçons des mauvaises expériences faites il y a dix ans avec l’endettement excessif et le manque de gouvernance qui sont au cœur de la crise dans les économies occidentales. Ainsi, les banques chinoises ont des bilans très sains.

En outre, la consommation domestique commence à prendre le relais des exportations comme moteur de croissance. En 2020, 55% de la population chinoise vivra en ville, contre 42% en 2005. C’est-à-dire que 220 millions de personnes se convertiront à la vie urbaine: elles consommeront plus, souscriront des assurances et utiliseront une carte de crédit. Shenzhen est un excellent exemple. En vingt ans, sa population est passée de moins de 1 million à 10 millions. Cela arrivera ailleurs. Comme aux Etats-Unis se développent des réseaux de villes autour des principaux centres. Cela alimente la demande de matériaux de construction.

– Quelle est votre vue pour les 12 prochains mois?

– Au niveau boursier, l’Asie et la Chine ont fait mieux ces derniers mois que le reste du monde. L’économie mondiale n’est pas encore stabilisée, le marché est peut-être suracheté et les cours peuvent baisser. Mais les actions chinoises ne reviendront pas au niveau du plancher de septembre. Grâce à ses réserves de change, le pays est libre de dette et peut financer son soutien à la conjoncture, via les investissements dans les infrastructures.

On observe de nombreux signes positifs. Les prix de l’immobilier ont rebondi. Les ventes de voitures n’ont jamais été aussi élevées.

Il est clair que le pays souffre de la faiblesse de ses exportations. Mais, à long terme, le potentiel est phénoménal. Vous réfléchirez avant d’acheter un jet commercial «made in China». Un accident ferait trop de victimes. Par contre, les sécurités offertes par la construction navale sont suffisantes. Et celle-ci est en croissance. Dans de nombreux domaines où une confiance absolue n’est pas nécessaire, le prix est un argument.

– Quelles sont vos sociétés préférées sur ce marché?

– L’immobilier est intéressant. Le marché connaît certes des problèmes, avec des taux de vacance importants. Mais sa dynamique est totalement différente qu’en Occident. De nombreux enfants uniques achèteront un logement avec l’aide de leurs parents. Le promoteur China Overseas Land & Investment est bien armé et dispose du soutien de l’Etat. Nous apprécions aussi la banque Industrial & Commercial Bank of China, en raison de son potentiel de croissance et de la santé de son bilan: les crédits ne représentent que 60% des dépôts.

Dans l’énergie, la pétrolière Cnooc a accès à de nouveaux gisements, dont la prospection donnera des résultats d’ici à cinq ans. Ce domaine est régulé et ses intervenants ont profité de la baisse des prix du pétrole.

– Qu’avez-vous fait au cours des 12 derniers mois?

– Début 2008, quand le marché se traitait à 20 fois les bénéfices, nous sommes devenus prudents. Le cash et les valeurs défensives, services industriels ou télécommunications, ont été surpondérés. Après septembre et octobre, nous avons réaugmenté le risque du portefeuille. Le moment était bien choisi pour acheter des actions immobilières. En mars, nous sommes à nouveau devenus plus défensifs, en raison de la remontée des valorisations. Au cours des prochains mois, nous allons progressivement augmenter le niveau de risque.

– Comment investissez-vous?

– Nous faisons du stock picking. Nous choisissons presque exclusivement des grandes capitalisations cotées à Hongkong, dont beaucoup ont adopté les normes comptables IFRS. Nous restons à l’écart des petites capitalisations, le risque étant trop important.

– Y a-t-il eu des apports ou des retraits?

– Les apports les plus importants ont eu lieu en 2007. En 2008, nous avons naturellement dû servir des rachats, pour 5 ou 10% du portefeuille. Depuis le début de l’année, le flux s’est inversé.

*Gérant du fonds ING Greater China.

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