Un œil sur la place financière

Les actions chinoises: un investissement attractif à long terme

Considérés jusque-là avec défiance, les titres des sociétés chinoises suscitent un intérêt croissant à mesure que le pays s’ouvre aux investisseurs extérieurs

L’événement aurait pu sembler anodin s’il ne constituait pas une preuve supplémentaire du potentiel d’attractivité à long terme des actions chinoises, et ce, malgré les secousses dues aux menaces de guerre commerciale entre Washington et Pékin.

Les fameuses A-Shares – actions des fleurons de l’économie continentale cotées en yuan à Shanghai ou Shenzhen – ont, le 1er juin, fait leur entrée dans les indices MSCI globaux et régionaux. Seules les sociétés chinoises négociées à Hongkong ou New York y étaient intégrées jusque-là. Souhaitée depuis des années par Pékin, cette admission concerne 234 sociétés, dont le poids cumulé ne devait atteindre que 0,8% du MSCI Emerging Markets. Une goutte d’eau, à première vue, par rapport aux 3500 A-Shares cotées en Chine pour une capitalisation totale avoisinant 8500 milliards de dollars.

Réaction de la gestion passive

En réalité, l’opération marque une étape cruciale. D’abord parce que la réplication des indices par les investisseurs institutionnels et les instruments de gestion passive implique, mécaniquement, l’entrée de dizaines de milliards de dollars sur les marchés actions chinois. Cet afflux se renforcera à mesure que les titres chinois prendront du poids dans les indices MSCI. De plus, l’intérêt accru pour les actions des sociétés chinoises devrait encourager celles-ci à faire évoluer leur gouvernance vers les standards internationaux.

Plus significatif encore, cette admission consacre les réformes engagées par les autorités pour ouvrir progressivement leurs marchés de capitaux aux investisseurs étrangers. En quelques années, l’accès en a été déverrouillé, grâce notamment à l’internationalisation du yuan et à l’assouplissement des contraintes encadrant la détention d’actions chinoises. «Stock Connect», le programme qui relie la bourse de Hongkong à celle de Shanghai depuis 2014 et à celle de Shenzhen depuis 2016, y a également contribué, comme en atteste l’envolée des volumes transfrontaliers. Il permet aux opérateurs étrangers de traiter des A-Shares aussi facilement que les titres cotés dans l’ancienne colonie britannique.

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L’introduction prochaine du géant de la téléphonie mobile Xiaomi à Hongkong ne manquera pas non plus d’attirer l’attention des investisseurs étrangers. La société, qui envisageait de solliciter simultanément une cotation secondaire en Chine continentale, semble avoir différé ce projet, et les analystes ont revu à la baisse leur fourchette de valorisation. Néanmoins, à près de 70 milliards de dollars, l’IPO de cette licorne chinoise, qui a commencé à inonder le marché international de ses smartphones, s’annonce comme l’une des plus importantes de ces dernières années. Après Xiaomi, d’autres groupes technologiques aux performances enviables se bousculeront à leur tour au portillon des IPO à Hongkong, dont la capitalisation boursière cumulée est estimée à près de 500 milliards de dollars.

Lutte contre le «shadow banking»

L’émergence de champions chinois concerne d’autres secteurs stratégiques. Ainsi, le plan «Made in China 2025», lancé en 2015, vise à doper la compétitivité de l’industrie en favorisant sa montée en gamme et en réduisant sa dépendance aux technologies étrangères. Dès 2020, les produits devront comporter au moins 70% de composants chinois. Le président Xi Jinping a également fait de la lutte contre la pollution une priorité politique, qui draine, comme le secteur des infrastructures, des investissements massifs. Certaines entreprises de la green economy ont déjà pris une longueur d’avance, et les autorités boursières ont annoncé vouloir favoriser le recours aux marchés de capitaux pour les sociétés responsables.

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Dans le contexte des réformes destinées à faire passer la Chine «d’une croissance accélérée à une croissance de qualité», la lutte contre le shadow banking (le financement de l’économie par des prêts à risque émanant de sources informelles) commence, elle aussi, à faire sentir ses effets. Certes, l’endettement global continue de peser comme une épée de Damoclès, mais sa progression ralentit, et la récente création d’une instance de régulation bancaire aux pouvoirs élargis est un signal positif.

Relais du marché intérieur

Dans l’ensemble, la croissance chinoise reste robuste. Elle s’est tassée depuis les pics à plus de 10%, sans que les sempiternelles craintes d’atterrissage brutal ne se concrétisent. Attendue à 6,6% en 2018 après 6,9% en 2017, elle devrait, selon le FMI, se maintenir aux alentours de 5,5% d’ici à 2023. «Les perspectives se présentent relativement bien. C’est le moment de poursuivre les réformes difficiles», soulignait récemment le représentant du FMI en Chine.

Les actions chinoises ont acquis leurs lettres de noblesse et méritent une place au sein des portefeuilles à long terme

Même si l’offensive protectionniste lancée par Donald Trump brouille la donne, de nombreux voyants sont au vert pour les actions de la deuxième économie mondiale, et les replis récents peuvent être envisagés comme une opportunité d’achat pour les titres des sociétés les plus solides. Jugées autrefois avec défiance, les actions chinoises ont acquis leurs lettres de noblesse et méritent une place au sein des portefeuilles à long terme. D’autant que, sur le terrain de la guerre commerciale, les entreprises chinoises ne sont pas forcément celles qui ont le plus à perdre.

Principal moteur de la croissance depuis 2011, la consommation intérieure recèle encore un potentiel de progression susceptible d’amortir les incertitudes extérieures. Ajoutons que si les Etats-Unis se ferment aux exportations chinoises, celles-ci continueront de s’écouler sur tous les autres marchés, notamment ceux de l’Inde et de l’Asie du Sud-Est, dont le dynamisme ne se dément pas.

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