Depuis plus d’un an, les principaux indices des actions européennes, comme le DAX allemand, font du sur place. D’autres, à l’instar de l’indice SMI qui réunit les poids lourds de la bourse suisse, n’ont pas réussi à retrouver leurs niveaux de la fin de l’an dernier. Seules les valeurs américaines affichent une progression sur douze mois.

Après plus de six années de hausse des marchés des actions, qui a été accompagnée par une appréciation des emprunts d’Etat dans un contexte de recul de l’inflation et des taux d’intérêt, beaucoup d’investisseurs s’interrogent désormais à propos de la stratégie à adopter en matière de placement, compte tenu notamment du resserrement attendu de la politique monétaire outre-Atlantique.

Une réalité «ni catastrophique, ni encourageante»

Jean Médecin, responsable des investissements chez Carmignac, considère que le potentiel d’appréciation supplémentaire des marchés des actions reste modéré. Selon lui, deux paramètres sont à prendre en compte lorsque l’on tente d’anticiper l’évolution future des marchés des actions. D’un côté, la croissance économique; de l’autre, celle des résultats des entreprises. «Malgré l’agressivité très marquée de la politique monétaire des banques centrales, la croissance économique globale est demeurée faible. Il n’y a pas non plus de croissance élevée des résultats des sociétés. La réalité est ni catastrophique, ni encourageante pour les entreprises», résume l’expert lors d’un entretien avec Le Temps.

Les modèles disruptifs se démarquent

A l’exception d’entreprises actives dans des segments très spécifiques ou qui ont un modèle d’affaires qui se démarque du reste de leur secteur, les sociétés qui affichent actuellement des hausses très importantes de leurs profits sont peu nombreuses. Selon l’expert, la sélection des sociétés à l’intérieur d’un même secteur sera indispensable pour réussir en matière d’investissements.

«Prenez le cas du secteur de la distribution non alimentaire, le commerce électronique affiche un taux de croissance en pourcent à deux chiffres alors que la branche, dans son ensemble, stagne, voire recule, aux Etats-Unis. Dans ce contexte, les entreprises qui ont un modèle d’affaires disruptif se démarquent parfois complètement de leur secteur», argumente l’expert de la société française qui a 51 milliards d’euros d’actifs sous gestion.

Les effets positifs et négatifs de la croissance s’annulent

Sur un plan macroéconomique, il s’attend à ce que les marchés soient tiraillés par deux facteurs ayant un effet opposé: «Si l’on assiste à une accélération de la croissance et de l’inflation, la politique monétaire deviendra plus restrictive. En effet, d’un côté, une accélération de la croissance contribuera à améliorer les bénéfices des entreprises, ce qui devrait avoir un effet positif sur la valeur des actions. Mais, de l’autre, la diminution des mesures d’assouplissement quantitatif mises en place par les banques centrales risque de peser sur la performance des marchés des actions», met-il en balance.

Aux Etats-Unis, par exemple, la bonne tenue de la consommation a soutenu la croissance économique et les bénéfices des entreprises, mais l’inflation – soutenue par l’évolution à la hausse des loyers et des prix de l’énergie – est un facteur de risque, estime l’économiste. Et d’avertir: «Une accélération de la croissance de l’économie ne sera pas forcément une bonne nouvelle pour les marchés des actions considérés dans leur totalité».

Des écarts importants au sein d’un même pays

«Dans un tel environnement, la question n’est pas de savoir si l’on doit acheter ou non le marché, mais ce que l’on doit acheter au sein du marché», résume-t-il, plaidant pour une approche active en matière d’investissements. Une réflexion qui ne vaut pas que pour les pays industrialisés mais aussi pour les marchés émergents. Il cite l’exemple de la situation en Chine. «D’un côté, il y a les entreprises chinoises de l’ancienne économie qui souffrent du ralentissement actuel de la croissance comparé aux années précédentes, des excès de capacités des secteurs liés à l’immobilier comme l’acier, et d’une envolée de leur endettement intenable. De l’autre, il y a de multiples entreprises chinoises de la nouvelle économie qui connaissent une croissance fulgurante, non seulement en Chine mais parfois aussi dans d’autres pays», observe-t-il.

Autre exemple d’actualité: le secteur bancaire européen. «On ne peut plus dire les banques allemandes ou les banques italiennes vont bien ou mal. En Allemagne, malgré une performance favorable de l’économie dans son ensemble, certains établissements restent dans une situation difficile. En Italie, le cas de BMPS, qui se trouve dans une situation précaire, ne reflète pas non plus l’ensemble du secteur bancaire de la Péninsule», illustre-t-il.

Affiner la sélection

Au final, les investisseurs ne pourront plus réfléchir uniquement en termes d’allocation d’actifs – les actions versus les obligations par exemple – mais opter pour une sélection beaucoup plus affinée au sein de chaque catégorie d’actifs, recommande-t-il.

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