Matières premières

Addax Petroleum licencie 70 personnes à Genève

La filiale du Chinois Sinopec se dit aussi victime de la chute des prix du pétrole. Un observateur s’étonne toutefois de l’ampleur de la restructuration, affectant 70 salariés. Les autorités, elles, divergent quant aux répercussions sur le secteur genevois des matières premières

Addax Petroleum, filiale du premier producteur d’hydrocarbures de Chine Sinopec, se sépare de 70 collaborateurs à Genève, a appris mercredi Le Temps. La multinationale a confirmé jeudi ce licenciement collectif, correspondant à plus d’un quart de ses effectifs genevois (près de 260 employés), rendu «inéluctable par la chute du prix du pétrole». Informés de cette décision, qualifiée «d’irrévocable», la veille, les salariés de la société ont entamé une procédure de consultation avec leur employeur jeudi.

Alors qu’Addax produisait 6,75 millions de tonnes métriques en 2009, Sinopec estimait fin 2013 pouvoir atteindre la barre des 25 millions de tonnes en 2015, soit une hausse de 150% en deux ans. Genève devait profiter de cette expansion, mais les conditions du marché, avec l’effondrement des prix du pétrole, se sont montrées moins favorables que prévu. Raison pour laquelle, Oryx Petroleum, autre société genevoise présidée par le mécène Jean Claude Gandur – ex-propriétaire d’Addax –, a également décidé de se séparer de 40% de ses effectifs, comme le rapportait la Tribune de Genève fin août.

Ces deux restructurations doivent-elles faire craindre pour tout l’écosystème lié aux matières premières? Les autorités genevoises ont été prévenues par Addax de probables déboires aussitôt le mouvement conjoncturel de baisse des prix du pétrole amorcé. «L’inquiétude est de mise», estimaient jeudi les services de l’emploi, lesquels indiquent avoir reçu ces derniers mois un nombre inhabituel d’annonces de licenciements. Et Pierre Maudet, conseiller d’Etat en charge de l’économie de relativiser: «Cela ne sape pas les fondements de la présence du négoce à Genève.»

Créé en 1994, Addax a été reprise en 2009 par Sinopec, pour près de 8 milliards de francs. L’entité, qui emploie actuellement 1100 personnes dans le monde, est active au Nigeria, au Gabon, au Cameroun, à Houston (Etats-Unis), au Kurdistan et dans la Mer du Nord (Aberdeen, en Grande-Bretagne). Elle a emménagé cette année dans de luxueux locaux, comprenant 146 logements alentour, en plein centre-ville. A l’époque, le bail commercial avait été décrit comme «le plus important signé à Genève depuis 2010». Addax est l’unique occupant du complexe de bureaux flambant neufs répartis sur 9000 m2, dont l’objectif était «d’assurer [au mieux] le développement fulgurant de la société».

Les déconvenues d’Addax et d’Oryx expriment principalement les difficultés à prévoir les cours pétroliers. «Aucun organisme n’a anticipé un tel recul des prix, reconnaît Patrick Gantès, secrétaire général du Centre de Recherches Entreprises et Société (CRES). Les milieux professionnels se sont longtemps basés sur un montant théorique de 80 dollars le baril pour planifier leurs investissements.» D’après lui, le contexte tarifaire actuel, lié notamment au recul de la consommation d’hydrocarbures en Chine, à la guerre des producteurs traditionnels contre la montée du gaz de schiste, mais aussi à l’efficacité des programmes d’économies d’énergie, devrait encore durer un certain temps. Et le spécialiste de s’étonner toutefois de l’ampleur de la restructuration chez Addax: «Les petites compagnies sont plus fragiles aux variations du brut. Mais une entité adossée à un gros acteur comme Sinopec, devrait avoir les ressources suffisantes pour amortir ce genre de choc.»

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