Pétrole

«Addax va se développer dans le monde à partir de Genève»

Yi Zhang, directeur d’Addax Petroleum, ambitionne de tripler sa production de brut d’ici à 2015, grâce à des acquisitions. La ville du bout du lac profitera de cette expansion, promet-il

En 2009, pour près de 8 milliards de francs, Jean-Claude Gandur a vendu au chinois Sinopec sa société Addax Petroleum, spécialisée dans l’exploration et la production d’or noir. Créée en 1994 et installée à Genève, cette dernière est aujourd’hui dirigée par Yi Zhang. Diplômé de la China Petroleum Universty, il affiche plus de 25 ans d’expérience dans ce domaine. Avant de rejoindre Addax, en 2009, il travaillait depuis 1986 pour Shengli Oilfield Company, qui exploite le deuxième plus grand champ pétrolier de Chine, propriété de Sinopec.

Le Temps: Quelles activités Addax Petroleum mène-t-elle exactement de Genève?

Yi Zhang: De Genève, nous supervisons des activités dans trois régions du monde: l’Afrique, en particulier au Nigeria, au Cameroun, et au Gabon; le Moyen-Orient, le nord de l’Irak notamment; la mer du Nord, depuis 2012. Nous constituons un centre d’excellence. Nos équipes apportent un soutien technique, avec nos géologues, nos géophysiciens ou nos pétrophysiciens. Nous menons aussi une évaluation économique des projets et des champs que nous avons. De Genève, nous suivons également la production de pétrole du groupe.

– Le rachat d’Addax Petroleum aurait pu servir à seulement prendre le contrôle des champs et projets que la société possédait. L’assistance technique pourrait être menée d’ailleurs. Pourquoi restez-vous à Genève, finalement?

– Depuis l’acquisition, tout notre personnel nous a posé la même question. Nous voyons Genève comme un «hub» international. Géographiquement, nous sommes situés au centre de l’Europe, où se trouve une très grande expertise pétrolière, avec la présence d’autres grands groupes pétroliers tels Shell, BP ou Total. Nous n’avons jamais songé à partir ailleurs, en Europe ou en Chine. C’est pour cela que nous avons signé cet été le plus grand bail de ces dernières années, pour des bureaux de 9000 m2, soit un tiers plus grand que ceux que nous occupons aujourd’hui. Nous nous sommes engagés pour au minimum 10 ans, le contrat pouvant aller jusqu’à 20 ans. C’est bien le signe de notre confiance. Notre but est de développer nos affaires à travers le monde, à partir de Genève, où nous employons actuellement 270 personnes, soit près d’un tiers de plus qu’en 2009 au moment de l’acquisition.

– Addax Petroleum appartient à Sinopec, le quatrième groupe mondial par la taille (quelque 430 milliards de dollars de vente et plus d’un million d’employés). Quelle est sa stratégie pour vous?

– Addax Petroleum est la plus grande filiale de Sinopec à l’étranger, en termes de production de pétrole, et représente un tiers de sa production de pétrole réalisée à l’étranger. La stratégie de Sinopec est celle de l’internationalisation. Il nous revient d’y contribuer. Notre but est d’atteindre 500 000 barils par jour, le triple de ce que nous réalisons aujourd’hui.

– A quel point Addax Petroleum est-elle chinoise?

– Je le suis!, mais des neuf membres de notre comité de direction, nous ne sommes que trois Chinois. Et le président est basé en Chine. Nos responsables des opérations ne sont pas chinois, et viennent de Shell ou Chevron. Nous comptons 33 nationalités à Genève.

– A propos de vos équipes, plusieurs affaires sont actuellement aux Prud’hommes, que vous ne commentez pas tant que la justice n’a pas été rendue. Cela dit, quelle est la culture de gestion des ressources humaines chez Addax Petroleum? N’est-elle pas très différente de ce qu’elle était du temps de Jean-Claude Gandur?

– Si la culture a changé, elle est devenue plus forte, en misant sur la diversité. La responsable des ressources humaines est une Suissesse. J’ai beaucoup appris de mes collègues. Nous avons renforcé les synergies entre les équipes. La nouvelle direction profite d’un très grand soutien de Sinopec, pour investir dans de nouveaux projets, ce qui profite à tout le monde.

– Votre acquisition en mer du Nord, évaluée à quelque 900 millions d’euros, aurait-elle été possible sans l’aide de Sinopec?

– Sinopec fournit un soutien financier, indispensable pour assurer notre développement. Ce fut le cas avec l’acquisition des champs en mer du Nord. Et cela continuera avec d’autres projets.

– Vous annoncez vouloir tripler votre production d’ici à 2015. Comment allez-vous y parvenir?

Nous allons combiner croissance interne et externe au travers d’acquisitions stratégiques notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Mer du Nord, dans toute zone à fort potentiel. En 2011, nous avons pris une participation de 80% dans Pecten, le second plus grand opérateur au Cameroun en mer. Depuis novembre 2012, Addax Petroleum gère les intérêts de Sinopec dans la prise de participation dans OML 138 en mer profonde au Nigeria. En 2012 encore, est née Talisman Sinopec Energy UK Limited, joint-venture possédée à 49% par Addax Petroleum UK et à 51% par Talisman Energy Inc. Et il y aura d’autres acquisitions dans les années à venir.

– En septembre, au Gabon, Addax Petroleum a perdu un champ de pétrole (10 000 barils par jour) lors d’un arbitrage international dans lequel vous réclamiez 300 millions de dollars au gouvernement gabonais. Les discussions continuent cependant. Où en sont-elles?

Malgré certaines difficultés, nous sommes un investisseur engagé et puissant au Gabon, et nous souhaitons le rester. Addax Petroleum ne commente pas sur des procédures en cours. Cependant, comme nous l’avons déjà souligné par le passé, nous sommes enclins au dialogue continu et nous pouvons confirmer que nous poursuivons les discussions avec le gouvernement gabonais afin d’atteindre un objectif commun à toutes les parties impliquées qui est de trouver aux différends une solution à l’amiable.

– Qui sont vos clients?

– Nous vendons notre production sur le marché mondial. Il n’y a pas d’accord spécifique, nous cherchons les meilleurs prix.

– Sinopec, à travers votre société, ne vous demande-t-elle pas de vendre en priorité en Chine?

– Non, n’importe qui peut acheter notre production.

– Ce serait pourtant très logique, vu les besoins énergétiques de la Chine…

– Les affaires sont les affaires. Sinopec devient un groupe mondial et veut prendre des parts de marchés à travers la planète. La plus grande filiale de Nestlé est en Chine, la plus grande filiale à l’étranger de Sinopec est Addax Petroleum.

– Certains suggèrent que Sinopec a payé trop cher, 8 milliards de francs, pour le contrôle d’Addax Petroleum. Maintenant que vous avez quatre ans de recul, comment évaluez-vous ce chiffre?

– Pour n’importe quel rachat, Sinopec conduit une évaluation économique très précise. L’acquisition doit aussi répondre à des critères techniques. Quatre ans plus tard, je regarde ce que nous avons accompli, et j’observe que nous recevons une grande reconnaissance de la part de Sinopec.

– Voulez-vous parler des profits que vous réalisez?

– La performance est très bonne, mais je ne peux donner plus de détails.

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