Aujourd'hui, personne n'échappe à Internet. Pas même les entreprises de travail temporaire. Certes Adecco, le numéro un mondial, a déjà ses propres sites sur le Web sur lesquels les chercheurs d'emplois peuvent s'inscrire. Mais le directeur général d'Adecco, John Bowmer, a clairement affirmé, hier, sa volonté d'investir dans ce secteur. D'ailleurs, outre la proclamation des résultats de la société pour l'an dernier, le groupe a annoncé avoir pris 5% de participation dans jobs.com et un siège dans le conseil d'administration. C'est que le site de jobs.com accueille chaque mois environ 1,5 million de visiteurs et contient près de 7500 sociétés répertoriées. «Nous sommes très contents de joindre nos forces. Nous envisageons même d'étendre notre partenariat à travers les Etats-Unis et dans le reste du monde avec Adecco», affirme dans un communiqué Timothy Armes, le fondateur et président de jobs.com.

La stratégie d'Adecco est bel et bien d'investir tous ses bénéfices dans de nouvelles acquisitions. «La taille d'Adecco est primordiale pour que le groupe puisse fournir à ses gros clients un service dans le monde entier», estime Frédéric Girod, analyste financier à la Banque Edouard Constant. C'est certes une manière pour la société d'augmenter ses parts de marché, mais aussi de payer moins d'impôts. Adecco a enregistré l'an dernier un chiffre d'affaires de 18,5 milliards de francs suisses, soit une augmentation de 21% et une perte nette de 174 millions, après l'amortissement du goodwill de 699 millions de francs. «Ce résultat net s'explique par les méthodes comptables des Etats-Unis (GAAP) et par le choix d'Adecco d'amortir le goodwill en 5 ans», a expliqué Félix Weber, directeur financier d'Adecco. Ces résultats tiennent compte de l'acquisition en avril dernier du britannique Delphi et du rachat du japonais Career Staff. Quant au dernier rachat du groupe, l'américain Olsten – plus de 1000 agences dans 14 pays – il devrait être finalisé lors du vote final des actionnaires au plus tard début mars.

De Lausanne à Genève?

John Bowmer a en outre aligné les performances du groupe pays par pays. La Suisse a réalisé une progression du chiffre d'affaires de 34%, suivie par la Belgique (30%), l'Espagne (21%) et l'Allemagne (20%). Mais c'est en Italie que la hausse a été la plus fulgurante avec une progression de 738%. Grâce à l'abolition de la loi qui interdisait le travail temporaire dans la péninsule, Adecco a pu entrer sur ce marché dès 1998. «L'Italie est devenue pour nous un marché majeur», a ajouté John Bowmer.

Le numéro un mondial du travail temporaire cherche toujours le meilleur endroit en Suisse pour rapatrier son siège opérationnel de Redwood City en Californie. «Des discussions sont en cours avec plusieurs cantons, assure John Bowmer. Il n'est pas non plus impossible que nous déménagions de Lausanne à Genève pour des raisons fiscales. Mais rien n'a été signé pour l'heure. Nous nous prononcerons dans le courant de cette année.» La décision stratégique de revenir en Europe a été décidée par le groupe voici plusieurs mois. Et comme d'habitude, la bataille est rude entre les différents cantons en lice. Outre Genève et Lausanne, Zurich pourrait aussi être sur les rangs. «L'objet immobilier convoité par Adecco, le bâtiment Krauthammer à Nyon, ne pouvait pas être utilisé pour l'affectation du groupe, explique Philippe Sordet, chef de l'économie et du tourisme du canton de Vaud. Nous leur avons bien proposé d'autres localisations possibles dans l'Arc lémanique, mais nous n'avons pas encore reçu de réponse.» Selon lui, la localisation du siège a été gelée à cause d'un processus de réorganisation au sein de l'entreprise. Le dossier du canton de Vaud est toujours entre les mains d'Adecco, assure-t-il, avec ceux des deux autres cantons.