Le groupe suisse Adecco a signé un accord avec les grands actionnaires du groupe français de conseils en ingénierie Akka Technologies pour reprendre leurs parts au prix de 49 euros par actions, soit une prime de 115% par rapport au cours de l’action le 23 juillet, a indiqué mercredi Adecco dans un communiqué.

Le groupe a dans la foulée dévoilé ses résultats du deuxième trimestre, faisant état d’un rebond de son chiffre d’affaires de 26% sur un an, à 5,2 milliards d’euros. L’objectif d’Adecco est d’associer les activités d’Akka Technologies à celle de sa filiale Modis, spécialisée dans les métiers de l’ingénierie.

«Bâtir un leader mondial»

Avec ce rapprochement qui va leur permettre de s’appuyer sur un réseau de quelque 50 000 experts, le patron d’Adecco entend créer un leader des services dans la recherche et développement en ingénierie et technologies numériques, qui doit se hisser au deuxième rang mondial, derrière le français Cap Gemini.

«Stratégiquement, c’est important pour nous de bâtir un leader mondial», a déclaré Alain Dehaze, le directeur général d’Adecco, évoquant un fort potentiel de croissance avec notamment l’essor de la demande pour les technologies destinées aux «usines intelligentes» ou «voitures intelligentes».

Mauro Ricci, le patron et fondateur d’Akka Technologies, a de son côté mis en avant la complémentarité des activités tant au niveau des compétences que sur le plan géographique, Akka étant plutôt centrée sur l’Europe alors que Modis est davantage implantée en Amérique du Nord et en Asie. «Si nous avions dû faire une acquisition, Modis aurait été la cible idéale», a-t-il affirmé lors d’un entretien avec l’AFP.

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A 14h10, l’action Akka Technologies s’envolait de 91,87% à 47,20 euros dans un marché en hausse de 0,65%.

Les analystes d’Oddo BHF ont jugé le prix de rachat «très attractif», notant dans un commentaire boursier que les spécialistes de l’intérim et du travail temporaire étaient «prêts à payer des primes significatives» pour se renforcer sur ce segment «à forte croissance» qui «bénéficiait d’une meilleure rentabilité que leur métier historique».

A la bourse suisse, Adecco plongeait par contre de 7,64% à 56,78 francs suisses alors que son indice de référence s’appréciait de 0,06%.

Finalisation en 2022

Pour financer la transaction, Adecco va recourir à 1 milliard d’euros d’obligations senior auxquelles s’ajouteront une obligation hybride de 500 millions d’euros et un placement de nouvelles actions pour lever 350 millions d’euros.

Le rachat se fera en deux temps. Adecco rachètera d’abord les parts de la famille Ricci et de Swilux, une filiale du groupe belge CNP (famille Frère), qui était entré dans Akka Technologies lors d’une augmentation de capital à l’automne.

Mauro Ricci et Jean-Franck Ricci, qui détiennent 33,10% du capital, recevront 42 euros par action en numéraire auquel s’ajoutera un équivalent de 7 euros par titre payé en actions Adecco.

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Swilux et les autres membres de la famille Ricci, qui détiennent ensemble 26,81% du capital d’Akka Technologies, seront de leur côté payés entièrement en numéraire.

Adecco procédera ensuite à une offre publique d’achat obligatoire en Belgique, où le siège social d’Akka technologies avait été transféré en 2018, et en France pour retirer les titres restants de la cote, également au prix de 49 euros par action.
La finalisation de l’opération, sous réserve des autorisations réglementaires, est prévue pour le premier semestre 2022.

Analystes partagés

Adecco attend de ce rapprochement plus de 200 millions d’euros de synergies de chiffres d’affaires et 65 millions d’euros de synergies de coûts.

Michael Foeth, analyste de Vontobel, a jugé cette acquisition «positive» pour Adecco, notant dans un commentaire de marché qu’elle allait contribuer à diversifier encore le groupe dans des activités «moins cycliques, à croissance plus élevée et plus fortes marges».

Les analystes de Jefferies se sont en revanche montré plus partagés. Ce rachat pourrait selon leurs calculs faire bondir le bénéfice par action de 10 à 15% dans l’année suivant la transaction si les objectifs de synergies sont «tenus». Ils ont ont néanmoins évoqué un bilan «mitigé» d’Adecco dans les fusions et acquisitions.

L’an passé, Akka Technologies avait été secouée par la crise sanitaire face à la baisse de la demande parmi les grands donneurs d’ordres, notamment dans l’aéronautique et l’automobile qui avaient sabré dans leurs budgets de recherche et développement.