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Les adeptes suisses du bitcoin créent un groupe de défense

Une nouvelle association s’est réunie cette semaine pour la première fois. Un lobbying jugé nécessaire alors qu’un postulat veut interdire la monnaie virtuelle

«Vous cherchez la réunion sur le bitcoin? Suivez ces jeunes hommes en pull à capuche.» La description est un peu caricaturale. Mais on a quand même l’impression de faire irruption au milieu d’un groupe de geeks – dont le look et l’apparence de certains rappellent étrangement Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. Essentiellement masculine et relativement jeune, l’assemblée d’une cinquantaine de personnes s’est déplacée mercredi soir à Zurich, pour assister à la première réunion de la Bitcoin Association Switzerland.

Le bitcoin? Une monnaie virtuelle, qui s’échange entre ordinateurs ou téléphones via un algorithme, qui a été lancée en 2011 et dont la flambée, ces derniers mois, atteste de sa popularité grandissante.

Dans une petite salle privée d’un restaurant italien du quartier des banques, Luzius Meisser, le président de l’association fondée le mois dernier, a présenté les objectifs: promouvoir les bitcoins, créer une communauté et faire du lobbying. Un point urgent, alors qu’un postulat vient d’être déposé par le conseiller national socialiste Jean-Christophe Schwab pour bannir cette crypto-monnaie, considérant qu’elle «facilite le développement d’activités criminelles». Anonyme, sans nationalité ni régulateur ou banque centrale, le bitcoin suscite la controverse. Pourtant, pour les participants, l’enjeu n’est pas d’échapper à la réglementation ou aux impôts, mais plutôt de réfléchir à comment l’insérer dans le cadre actuel, explique Alexis Roussel, président du Parti pirate suisse, venu assister à la réunion avec un groupe de Romands.

Première étape, le tour de table révèle une proportion élevée de doctorants scientifiques et de développeurs informatiques. Seules trois femmes, d’un âge plus avancé, ont fait le déplacement. Elles sont davantage là par convictions politiques, pour trouver des alternatives à un système financier qui a montré ses failles depuis 2008, que par goût de l’informatique ou «pour la beauté de l’invention», selon les mots d’un participant.

Cela fait quelques mois que des aficionados du bitcoin se rencontrent à Zurich toutes les deux semaines. La même initiative vient d’être lancée à Genève. La plupart disent s’y intéresser à titre privé. Mais certains ont déjà lancé des activités, comme Nicolas Genko, un Français établi à Zurich, qui a fondé une société de consulting pour investisseurs et entreprises intéressés à se faire payer en bitcoins.

Plusieurs points sont à l’ordre du jour: faut-il rejoindre l’organisation américaine Bitcoin Foundation? «Il faut éviter les Américains dès que l’on parle de transactions financières», avertit un participant. «Nous sommes encore petits, on ne peut pas faire semblant que les autres n’existent pas», contredit un autre. Une solution «à la suisse» est adoptée: l’association coopérera mais gardera son indépendance, «une sorte d’accord bilatéral», plaisante un autre auditeur.

Le deuxième sujet soulève rapidement la controverse. L’idée de payer une cotisation de membre est tout à fait acceptée et la discussion ne s’arrête pas sur le montant. Mais le moyen de s’en acquitter constitue déjà une pierre d’achoppement. «En bitcoins», lance un participant, comme une évidence. Rapidement, un autre intervient: «Personne ne va vouloir donner ses bitcoins, cela a beaucoup trop de valeur!» Ces derniers jours, la crypto-monnaie a flambé. Elle a atteint 900 dollars, soit plus de trois fois sa valeur du mois dernier. Avant de retomber à 755 vendredi. «Nous devons payer en bitcoins, c’est une question de principe», relance une autre personne. Avant qu’un autre coupe la poire en deux: «Nous pouvons fixer le prix en francs et payer en bitcoins.» La question ne sera pas tranchée et d’autres restent à régler, mais on promet de se revoir en début d’année.

Un postulat vient d’être déposé parun conseiller national pour bannirla crypto-monnaie

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