Nous l'avions presque oublié, mais la croissance de la population mondiale engendre un besoin accru de nourriture. L'allongement de l'espérance de vie et la baisse de la mortalité jouent à plein dans tous les pays, industrialisés et en développement. Ce phénomène va de pair avec l'amélioration du niveau de vie dans les pays à excédent démographique (Chine, Inde, Mexique) entraînant une hausse de la consommation en produits céréaliers, laitiers et surtout carnés. Mais pour produire de la viande, il faut nourrir des animaux et cette nourriture, il faut la produire sur des surfaces agricoles qui ne produiront pas de céréales pour l'alimentation humaine. Ainsi, la tension à la hausse sur les prix s'accentue. Cette situation est exacerbée par l'extension des villes qui se fait au détriment des surfaces agricoles et par le lancement de projets de «biocarburants». Les usines de diester et d'éthanol nécessitent, pour leur approvisionnement, des surfaces agricoles immenses au détriment du secteur alimentaire. Sur le plan boursier, les marchés des matières premières alimentaires s'envolent et ne retombent pas, exacerbés par la spéculation. Et le spectre de l'inflation se profile. Lorsque le coût du blé s'embrase, les boulangers en profitent pour augmenter le prix de la baguette, une hausse souvent opportuniste car le coût du blé ne représente qu'un faible pourcentage du prix du pain. Mais aujourd'hui, le phénomène est d'une autre ampleur, il concerne presque tous les produits. Les céréales, le lait, les huiles: tout flambe, et la plupart des industriels, agroalimentaires puis distributeurs, répercutent une partie de l'explosion des coûts sur les prix de vente et donc sur le consommateur final. Aux Etats-Unis, le prix des principales denrées alimentaires payées à la caisse a progressé de 5% depuis janvier. La hausse atteint plus de 10% en Chine. Et, en Europe, les prix ont augmenté de 4,6% sur un an à fin octobre, une accélération par rapport à fin septembre (+3%).

Si les causes sont clairement identifiées, en revanche l'ampleur et la durée de cet épisode inflationniste restent inconnues. Aveuglés par Bruxelles et sa politique agricole commune qui a limité les excédents, les Européens n'ont pas vu ce qui se tramait autour d'eux. Les voilà aujourd'hui rattrapés par la réalité. Il va falloir nous y faire, les prix de la baguette de pain et du lait ne vont pas redescendre de sitôt.