La bataille tarifaire des «low-cost» pourrait bien se transformer en combat judiciaire. La compagnie irlandaise Ryanair menace d'interrompre sa desserte de Strasbourg au départ de Stansted (Londres), après l'annulation par la justice française de subventions locales dont elle bénéficiait. C'est Brit Air, la filiale d'Air France, qui a porté ce cas devant les tribunaux. En mai, la compagnie régionale a dû fermer cette liaison qu'elle desservait aussi. Son argument: Ryanair lui fait de la concurrence déloyale sur cette destination. Ailleurs, d'autres procédures sont en cours concernant des aides reçues des aéroports de Pau (France) et de Charleroi (Belgique). La justice devrait rendre son verdict en automne.

Ryanair a l'habitude de se faire courtiser par les petits aéroports régionaux. Ses charmes, elle les négocie sous forme de subventions. Elle en a reçu de l'aéroport de Strasbourg-Entzheim, d'un montant annuel de 560 000 euros. Ces fonds étaient destinés à l'achat d'espaces publicitaires dans la presse britannique et pour faire la promotion de son site Internet. Ils faisaient partie d'une enveloppe globale annuelle de 1,4 million d'euros à laquelle participent, outre la Chambre de commerce et d'industrie, la Communauté urbaine de Strasbourg, le Conseil général du Bas-Rhin et la région. En échange de cette dîme, Ryanair s'était engagée à transporter 375 000 passagers par an après cinq ans d'activité. Dans un entretien au quotidien Libération, le patron de Ryanair, Michael O'Leary, n'y voit qu'une participation à des campagnes publicitaires vantant, aux Irlandais et aux Britanniques, les mérites des régions où la compagnie s'implante. Il compte faire appel de cette décision.

Dans les milieux aéronautiques, personne n'est surpris. «Tout le monde sait qu'une partie de la rentabilité de Ryanair provient de subventions qu'elle reçoit, relate un expert de l'aviation. Cela montre à quel point le marché est faussé et sans scrupule.» D'ailleurs, souligne notre interlocuteur, «on peut se demander si le sauvetage de Swiss par des fonds publics, la non-taxation du kérosène pour les compagnies aériennes ou la gratuité des taxes d'atterrissage quand une compagnie ouvre une nouvelle ligne ne sont pas aussi des subventions déguisées…»

Développer un «partenariat»

EasyJet a mené une contre-offensive au mois de juin, en lançant un appel d'offres auprès des aéroports européens pour pouvoir ouvrir de nouvelles lignes (lire Le Temps du 14 juin) et faire voler sa nouvelle flotte. Par un message via les médias, le transporteur britannique égratignait déjà les pratiques de son concurrent irlandais Ryanair. «Nonante aéroports ont répondu, 18 dossiers sont en discussion», affirme Philippe Vignon, responsable marketing d'EasyJet à Genève. La compagnie dit vouloir développer une «notion de partenariat» avec eux, sans être aussi agressive que Ryanair. «Il y a une certaine infrastructure aéroportuaire que nous n'utilisons pas, tout ce qui concerne celle employée par des voyageurs intercontinentaux, donc nous négocions pour ne pas en payer le prix», explique encore Philippe Vignon.

La pression sur les prix pourrait toutefois subir un sérieux coup de frein, non seulement par les décisions de justice, mais aussi par les dispositions européennes en matière de publicité. Les Allemands ont déjà droit à des campagnes bien plus réalistes que celles dont les «low cost» nous gratifient d'habitude. L'Union européenne veut imposer que soit indiqué le pourcentage minimum de billets vendus à un prix plancher (prix d'appel) pour chaque vol.