Economie

Affaiblie par les grèves, la production minière en Afrique du Sud décline encore

Coûts élevés et risque de nationalisation inquiètent les investisseurs. Ils se détournent malgré les ressources importantes

«Une année horrible.» C’est ainsi que le directeur de la Chambre des mines de Johannesburg, Bheki Sibiya, évoque 2012. Les violentes grèves dans les mines d’or et de platine (34 mineurs tués par la police à Marikana, à 160 km à l’ouest de Johannesburg), d’août à octobre, ont entraîné une perte de près de 10 milliards de rands (1 milliard de francs). La production minière a baissé de 12% pendant le troisième trimestre.

Le producteur aurifère Gold Fields (cinquième rang mondial) en a déjà tiré les conséquences. Sa note avait été dégradée par l’agence Standard & Poor’s, il y a deux semaines. Le 29 novembre, la compagnie a transféré, dans une nouvelle société, ses deux mines touchées par les grèves. Elles seront ainsi séparées de sa production internationale, au Pérou et en Australie. Certains y voient une preuve du manque de confiance des investisseurs à l’égard de l’Afrique du Sud. D’ici à 2031, selon la firme d’audit Deloitte, 55 milliards de dollars seront investis dans les mines en Australie, 33 au Brésil et seulement 3 en Afrique du Sud. Pourtant, ce pays est le cinquième plus gros producteur minier au monde (premier pour le platine et le chrome, troisième pour l’or) et détient les plus vastes réserves. Selon le rapport, le pays de Mandela souffre de plusieurs handicaps: coûts élevés de production, manque de main- d’œuvre qualifiée, risque de nationalisation et corruption.

On ne peut pas investir «s’il existe une peur de l’arbitraire et de changements imprévisibles de la législation», rappelle Cynthia Carroll, ­ex-directrice générale d’Anglo American, le plus gros groupe minier du pays (100 000 employés). Le spectre de la nationalisation des mines, agité par l’ancien président des jeunes de l’ANC Julius Malema, a longtemps hanté les conseils d’administration.

«Le président Jacob Zuma et les autres dirigeants nous l’ont assuré: il n’y aura pas de nationalisation», se réjouit Bheki Sibiya. Le congrès de l’ANC, du 16 au 20 décembre, discutera bien de la création d’une compagnie minière d’Etat. «Mais si elle est gérée selon les mêmes règles que les sociétés privées, nous n’avons pas d’objection», précise Bheki Sibiya. Le congrès devrait aussi reconduire Jacob Zuma pour un second mandat (comme président de l’ANC et, après les élections de 2014, chef de l’Etat). «Si les Etats-Unis ont survécu à deux mandats de George Bush, l’Afrique du Sud survivra bien à Jacob Zuma. Le principal problème est la corruption de l’administration, estimée à quelque 3 milliards de francs par an. Avec cet argent, on pourrait tant faire pour développer le pays», poursuit Bheki Sibiya.

Le secteur minier, dont le poids ne cesse de diminuer (8,9% du PIB du pays en 2011, contre 21% en 1970), connaît d’autres difficultés, notamment le manque d’investissement dans les infrastructures (rail, port, énergie et eau). Les fortes hausses du prix de l’électricité et des salaires pèsent aussi lourdement sur la rentabilité: les mines ne peuvent plus compter, comme avant, sur une main-d’œuvre sous-payée. La production dans les mines d’or, les plus profondes du monde, ne cesse de décliner (190 tonnes en 2011, contre 675 en 1980).

L’heure est donc à la mécanisation, la restructuration et la fermeture des puits les moins rentables (or, platine), rendue encore plus urgente par la récession en Europe. Selon Bheki Sibiya, on peut craindre jusqu’à 10 000 pertes d’emplois en 2013, sur un total de 500 000. Peut-on craindre de nouvelles grèves? «Je ne pense pas. Mais le premier semestre sera difficile, reconnaît le patron de la Chambre des mines. Nous devrons tirer les leçons de Marikana: renforcer la concertation avec les travailleurs, reconnaître les nouveaux syndicats et améliorer les conditions de vie des communautés qui vivent autour des mines. Certaines pratiques doivent changer. Nous sommes un gros bateau qui tourne lentement. Mais nous ne sommes pas le Titanic

On ne peut pas investir «s’il existe une peurde l’arbitraire»

Publicité