Août 2011. UBS à Londres. Les systèmes de transaction affichent des pertes de près de 1 milliard de dollars. «Ils se trompent, je corrigerai sous peu ces erreurs de comptabilité.» Voici, en substance, comment Kweku Adoboli est parvenu à convaincre ses supérieurs que tout allait bien. Son explication sera acceptée sans difficulté.

Voilà un des épisodes que détaille la Finma dans un résumé de son rapport d’enquête, publié lundi, sur la perte de trading de 2,3 milliards de dollars enregistrée par la banque, en septembre 2011.

Responsabilités de surveillance peu claires, fonctions de contrôle inefficaces, compréhension insuffisante des opérations, échec dans l’identification des risques… Les 14 pages de l’autorité de surveillance accablent la banque. ­Elles listent huit problèmes majeurs, plaçant UBS face à ses «manquements», et à ses responsabilités, alors que «trader X», comme le dénomme la Finma, a été condamné la semaine dernière à 7 ans de prison pour fraude.

Depuis l’ouverture de l’enquête, fin 2011, UBS a été forcée par la Finma de combler d’«importantes lacunes» dans ses procédures de contrôle interne. Elle doit soumettre toute nouvelle initiative commerciale dans sa banque d’affaires à une approbation de la Finma et est interdite d’acquisition dans ce domaine. La couverture en capital pour la banque d’affaires et la filiale londonienne a été relevée et sera réduite progressivement.

Le rapport publié hier indique que l’autorité de surveillance, en plus de ces mesures, en impose d’autres à la banque. Dès aujour­d’hui, cette mise sous tutelle prend de l’ampleur: la Finma désigne un chargé d’enquête indépendant pour surveiller l’avancement des travaux. Un audit spécial sera mené, une fois les transformations achevées. Puis, si nécessaire, les exigences en capital seront peut-être encore relevées.

Pour Christian Bovet, professeur au Centre de droit bancaire et financier de l’Université de Genève, ces mesures sont «très sévères mais pas trop sévères». Ce qui est frappant, poursuit-il, c’est que «ce type de supervision et de suivi devrait plutôt s’adresser à un établissement qui se serait égaré dans un segment d’affaires qu’il ne connaissait pas. Pas à une banque expérimentée comme UBS. Mais c’est justifié.» Sous-entendu, la grande banque a fait preuve de manquements dignes d’une débutante.

La Finma détaille ainsi comment le «trader X» avait toute latitude pour mener à bien ses opérations illicites. Ses supérieurs hiérarchiques ne savaient pas clairement quelles étaient leurs tâches. Facteur «aggravant», dixit le rapport: en raison d’une réorganisation en début d’année 2011, son chef direct était basé à New York, tandis que lui œuvrait depuis Londres. Les avertissements de dépassement de limites autorisées n’arrivaient pas directement à son chef. Ils étaient transmis à son ancien supérieur, à Londres, qui les a reçus, en a accusé réception mais n’en était plus responsable. Durant l’été 2011, quatre épisodes au moins auraient dû attirer l’attention, selon la Finma. Dont celui-ci: Kweku Adoboli annonce un gain de 6 millions de dollars, en prenant des positions pour plus de 200 millions de dollars, bien au-delà de la limite de risque autorisée. Que lui dit son responsable? Il «a commencé par le féliciter avant de lui rappeler, non sans un certain retard, qu’il lui fallait une autorisation pour dépasser sa limite», détaille l’autorité de surveillance.

Des opérations fictives, des dépassements de limites de risque ont été acceptés sans davantage de vérifications. Ce, alors que le département ETF était connu pour afficher de nombreuses erreurs dans la concordance des opérations. En juin 2011, des montants «inexpliqués» dépassaient parfois le milliard de dollars.

«Nous sommes heureux que ce chapitre soit clos.» Dans un communiqué, UBS annonce lundi qu’elle accepte les conclusions des autorités de surveillance et l’amende du régulateur britannique (lire ci-contre). La banque affirme avoir remédié en mai dernier aux défaillances en matière de contrôle. Elle a aussi pris les «mesures disciplinaires opportunes» à l’égard des collaborateurs concernés. De plus, les employés suivent une formation sur l’importance de la gestion du risque. Quels délais lui sont accordés pour rectifier entièrement le tir? La Finma ne le précise pas mais «cela doit avancer, des progrès doivent être visibles», précise son porte-parole.

Plusieurs analystes estimaient hier que toutes ses exigences ne sont que l’une des causes de la réorientation stratégique d’UBS. En toile de fond, il y a aussi la réglementation internationale (Bâle III), son versant suisse plus sévère et le fait que la banque d’affaires est jugée trop gourmande en capital par rapport aux bénéfices qu’elle est en mesure de générer.

Au vu de la supervision qu’on lui impose, la banque a fait preuve de manquements dignes d’une débutante