Symbolique vu la personnalité du principal accusé, le procès Cahuzac est aussi emblématique de la ligne dure adoptée par la France contre l’évasion fiscale. Cette stratégie définie sous l’ère Sarkozy repose sur trois piliers: le concept de bande organisée, l’utilisation du Big Data et une sévérité extrême.

La répression de la fraude fiscale à la française est dorénavant calquée sur la lutte contre n’importe quel trafic: tous les maillons de la chaîne sont visés. Les moyens d’enquête ont été considérablement renforcés depuis la création d’une police fiscale fin 2010. Objectif: faire condamner le contribuable et ceux qui l’ont aidé.

Cette philosophie avait déjà été à l’oeuvre début 2015 dans l'affaire Arlette Ricci, dont le procès en appel se tient en ce moment. Non seulement l’héritière de la maison de couture française a été punie pour fraude fiscale, mais son avocat fiscaliste a été solidairement tenu de payer les impôts et pénalités dus par sa cliente. Soit plusieurs millions d’euros.

Le dossier Cahuzac est traité dans le même esprit. Pour la justice française, les différents protagonistes ont agi en bande organisée. Premier mauvais point. Mais il y a pire, du point de vue tricolore: la banque genevoise a ajouté de la distance entre les avoirs de Cahuzac et le fisc, en les délocalisant à Singapour.

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Les différents jugements de l’affaire Cahuzac montrent que la France sera intraitable envers les banques et les conseillers financiers qui n’ont pas poussé tous leurs clients à régulariser leur situation. Ceci explique peut-être que Reyl soit le seul établissement à avoir été poursuivi parmi les quatre banques suisses ayant accueilli des fonds cachés par les ex-époux Cahuzac (les autres étant UBS, Gonet et Julius Baer).

Pour retrouver tous les complices, les autorités françaises exploitent les différentes sources à leur disposition, en particulier les listes Falciani et celles saisies en Allemagne chez UBS, qui s'achemine pour sa part vers un procès à Paris. Bercy exploite ces immenses quantités de données avec une maîtrise du Big Data qui force l’admiration des spécialistes. Il suffit de tirer les fils pour trouver qui a fait quoi, avec l’aide de qui et sur quelle période. 

Il semble bien que Jérôme Cahuzac et son ex-banquier n’ont pas subi de traitement particulier. Leur cas a simplement été plus visible que les autres, similaires et probablement nombreux, qui leur succéderont.