C’est l’histoire d’un malentendu. La justice suisse a envoyé fin 2020 une demande d’entraide aux autorités libanaises à propos de Riad Salamé, gouverneur de la Banque du Liban. La révélation cette semaine du contenu de ce courrier suscite d’immenses espoirs au Liban: grâce à la Suisse, la lumière pourrait être faite sur les agissements d’une partie de l’élite dirigeante.

Or Berne n’est pas du tout sur cette ligne. Déclenchée à la suite d'annonces du bureau de communication en matière de blanchiment (MROS) qui oblige le Ministère public de la Confédération (MPC) à mener son enquête, cette procédure semble embarrasser la Suisse et surtout le Département des affaires étrangères (DFAE). «Pour la direction du DFAE, il s’agit d’une affaire libano-libanaise, affirme une source à Berne, proche du dossier. On ne veut pas faire croire à la population là-bas que la Suisse sera à l’origine d’un printemps libanais. On n’est pas les gendarmes du monde.»