Karl Wüthrich, liquidateur de Swissair, estime que plusieurs banques, consultants et sociétés de révision se sont fait payer par SAirGroup alors qu'ils connaissaient sa mauvaise situation financière. Il va donc réclamer les sommes versées.

Dans sa circulaire No 5 aux créanciers publiée lundi, le liquidateur examine quels paiements effectués entre le 1er janvier 2001 et le 5 octobre de la même année (date d'octroi du sursis provisoire) peuvent faire l'objet d'une demande de révocation au sens des articles 285 et suivants de la loi sur les poursuites, dans la mesure où ils auraient été effectués au détriment d'autres créanciers.

Parmi les bénéficiaires des paiements figurent l'administration fiscale, des employés, des assurances sociales et des caisses maladie. Dans tous ces cas, le liquidateur estime qu'une action révocatoire ne se justifie pas. Il en va de même pour des versements aux banques dans le cadre d'emprunts obligataires et les opérations sur devises et intérêts.

Plusieurs banques visées

En revanche, Karl Wüthrich estime que plusieurs remboursements de prêts bancaires pendant la période considérée méritent d'être contestés. Il s'agit de facilités accordées par Den Danske Bank (crédit de 38,5 millions de francs), Dresdner Bank (crédit de 50 millions), Fortis Bank (crédit de 38 millions), Landesbank Rheinland-Pfalz (crédit de 80 millions), LTU + LoMA + Deutsche Bank Luxembourg et autres établissements syndicataires (facilité de crédit multidevise renouvelable de 300 millions d'euros), UBS (crédit de 30 millions), Unibank A/S + Nordea (crédit de 60 millions de dollars), Banque cantonale de Zurich (crédit de100 millions de francs), CSFB (equity swap/prêt sur actions Austrian Airlines), Citigroup, Merrill Lynch Capital Markets, Cie de Trésorerie B. de Rothschild et Deutsche Bank (equity swap dans tous ces cas).

«Il existe des présomptions que les banques en cause connaissaient au moment du paiement la mauvaise situation financière de SAirGroup et que le remboursement des prêts était motivé par des craintes relatives à sa solvabilité», écrit le liquidateur.

Procès en révocation

De même, celui-ci estime que les consultants KPMG, Roland Berger, McKinsey, Financial Dynamics Business Communications et CSFB pouvaient très tôt avoir connaissance de la mauvaise santé financière et du manque de liquidités du groupe aérien. Dans le cas de KPMG, un procès en révocation est d'ailleurs déjà en cours à Zurich.

Karl Wüthrich et la Commission des créanciers renoncent en revanche à leur action en responsabilité envers la Confédération, déposée en septembre 2003 pour éviter la prescription. Un rapport d'experts conclut que la surveillance de Berne se limitait à Swissair, et ne s'appliquait pas à SAirGroup, SAirLines et Flightlease.

Enfin, comme annoncé dimanche, Karl Wüthrich a déposé une première plainte contre les responsables de l'ex-groupe aérien. Il leur réclame 280 millions de francs en raison du transfert par SAirGroup, en décembre 2000, au titre de mesure d'assainissement, des actifs de sa filiale Roscor AG à son autre filiale SAirLines, qu'il fallait sauver de la faillite.