Ems-Chemie, dont Chris-toph Blocher possède 68% du capital actions et 84,9% des voix, a annoncé hier un léger recul de 1,1% de son chiffre d'affaires semestriel, à 613 millions de francs. Le bénéfice brut (EBITDA) a stagné, à 132 millions de francs, alors que le bénéfice opérationnel (EBIT) affiche une légère hausse de 1%, à 99 millions. Cette évolution en demi-teintes, que le dirigeant et propriétaire d'Ems explique par une évolution des affaires inférieure aux prévisions aux Etats-Unis et par la fermeté du franc suisse, n'est pas particulière à la holding zurichoise et à l'industrie chimique suisse.

«Le plus gros problème du secteur est la faible visibilité de la demande à court terme», constatent les auteurs d'une récente étude de Credit Suisse First Boston sur la chimie européenne. Plusieurs entreprises suisses actives dans la branche courbent fortement l'échine. C'est le cas de Clariant, qui a décidé de vendre 7% de ses activités pour réduire sa dette nette d'ici à la fin de l'année à moins de 2,5 milliards de francs. Le groupe bâlois, sévèrement touché par le ralentissement économique alors qu'il était en phase de restructuration, a en outre accusé une perte sèche de 200 millions de francs après l'arrêt du projet de construction d'une usine aux Etats-Unis, décidé il y a moins d'un mois. Les chiffres semestriels de Clariant sont attendus le 5 août avec une certaine tension de la part des actionnaires qui ont pris note, en mars, de la reprise en main de l'entreprise par Roland Lösser.

Suppressions d'emplois envisagées

Lonza, qui a décidé de supprimer 500 emplois cette année et dont le titre a chuté de 18% en mai après l'annonce surprise d'une révision à la baisse de ses prévisions bénéficiaires 2003, ne se porte guère mieux. Les spéculations sur l'actuelle montée en force de Christoph Blocher dans l'actionnariat de la société, et la manière dont il influencera la marche du groupe lorsqu'il disposera du tiers des titres, vraisemblablement avant la fin de l'année, agitent également les esprits avant les résultats semestriels attendus le 23 juillet.

Dans un contexte difficile, qui sera sans doute marqué par un recul du chiffre d'affaires et du bénéfice opérationnel au premier semestre, Lonza poursuit le développement de son secteur biotechnologique, jugé prioritaire. Le groupe a annoncé hier la signature d'un accord d'une durée de cinq ans avec l'entreprise américaine Vaccinex, spécialisée dans l'étude biologique des anticorps. Lonza, qui entend se tailler une forte part de marché dans la fourniture de composés pharmaceutiques biotechnologiques, mettra ses installations de production à disposition de Vaccinex en échange d'un accès aux résultats de recherche de l'entreprise américaine. Urs Tuor, analyste de la Banque Sarasin, s'attend à des chiffres semestriels orientés à la baisse: -40% à 96 millions de francs en ce qui concerne le bénéfice net, -19,8% à 174 millions pour le bénéfice opérationnel, et une faible baisse des ventes (-6,4% à 1,21 milliard). Les secteurs les plus touchés devraient être la chimie fine et les polymères, alors que la biotechnologie devrait enregistrer une croissance de 2% pour atteindre plus de 490 millions de francs.

Dividende de 9%

Christoph Blocher, dont l'entrée prochaine au conseil d'administration de Lonza ne serait donc qu'une demi-surprise, s'est concentré hier sur les résultats d'Ems-Chemie. L'incertitude des marchés, principalement en Europe, l'incite à ne pas exclure de nouvelles suppressions d'emploi dans le cadre des mesures de réduction des coûts dans une fourchette de 3 à 5%.

Les actionnaires, dont le principal est Christoph Blocher qui touchera quelque 152,4 millions de francs, seront par contre très bien lotis. Ils encaisseront, dès le 20 août, un dividende de 9%, dont une partie sera exonérée d'impôts par un tour de passe-passe dont le leader de l'UDC s'est fait un spécialiste. Il avait, à l'époque, fortement irrité Otto Stich, ministre socialiste des Finances. «Ems a décidé de revenir à une stratégie de distribution de dividendes innovante, en étudiant toutes les possibilités à même d'apporter des optimisations fiscales», explique Chris-toph Blocher, qui pourrait peut-être, l'an prochain, fâcher un ministre des Finances issu de son propre parti politique.