Des lauriers, pour commencer. Dans une discussion avec les journalistes jeudi matin, David Mathers, le directeur financier de Credit Suisse, s’est félicité du travail de la banque l’an dernier. Alors qu’il présentait les résultats du numéro deux bancaire helvétique, il s’est dit fier du soutien donné aux entreprises, aux employés et aux actionnaires. Credit Suisse, comme UBS, est l’une des rares banques au monde à avoir distribué un dividende en 2020 (0,2276 franc par action), beaucoup ayant été contraintes d’y renoncer par leur régulateur.

Une rentabilité loin de l’objectif

Pourtant, Credit Suisse a subi un recul de 22% de son bénéfice net l’an dernier, à 2,7 milliards de francs. Le bénéfice avant impôts a chuté de 27% à 3,5 milliards de francs, «principalement en raison d’une hausse des provisions pour pertes sur crédit, de provisions pour litiges majeurs [notamment sur des titres adossés à des créances hypothécaires résidentielles] et d’une dépréciation [du hedge fund] York», a détaillé la banque dans son communiqué. Pour le seul dernier trimestre, la perte s’élève à 353 millions. En conséquence, la rentabilité est loin de l’objectif: visant 10 à 12% de rendement des fonds propres tangibles (RoTE) à moyen terme, elle n’a atteint que 6,6%.

Lire aussi: Le litige américain fera plonger Credit Suisse dans le rouge

Dans une note, l’analyste de Vontobel Andreas Venditti souligne que les résultats sont supérieurs aux attentes du consensus. Les provisions notamment étaient attendues à des niveaux encore plus importants. Ces résultats «incluent un grand nombre d’éléments négatifs importants. Cependant, ils ont aussi été stimulés par les revenus de courtage et de transactions très élevés dans la gestion de fortune et dans la banque d’investissement en raison du «boost de volatilité» de la pandémie, de même que des réévaluations et des gains dans l’immobilier», poursuit l’expert. Credit Suisse a notamment révisé la valeur de sa participation dans SIX, l’opérateur de la bourse suisse, à la hausse. La banque détient 15% de cette société.

Déception dans la gestion de fortune

Credit Suisse a profité de la même tendance que ses homologues suisses: des afflux nets de capitaux à hauteur de 42 milliards pour le groupe, dont 19,4 milliards pour la gestion de fortune globale. Et pourtant, le résultat de cette dernière division déçoit: ses revenus nets ont baissé de 8% à 13,6 milliards, alors qu’ils sont en hausse chez nombre de ses concurrents.

UBS, en particulier, a publié des résultats record pour 2020 grâce à une bonne performance au dernier trimestre. Surtout, elle a attiré bien davantage de capitaux: plus de 100 milliards de dollars, dont 43,3 milliards dans la gestion de fortune internationale et la gestion d’actifs. C’est la même tendance chez les spécialistes de la gestion de fortune. Pictet, Julius Baer, notamment, ont publié d’importants afflux de fonds en 2020 et une hausse de leur bénéfice.

Lire aussi: UBS publie des chiffres record pour l’année du covid

La bonne nouvelle pour les actionnaires de Credit Suisse? Elle prévoit à nouveau de verser un dividende de 0,2926 franc. C’est un peu plus que celui de 2019 (0,2776 franc) et c’est en ligne avec son objectif d’offrir une croissance de 5% du dividende, rappelle Andreas Venditti.

Ce dernier souligne aussi le démarrage fort en 2021, notamment grâce à une activité soutenue des clients, qui profite à la fois à la banque d’investissement et à la gestion de fortune. Mais si l’activité reste élevée ce trimestre, elle ne sera probablement pas du même niveau que 2020 pour l’ensemble de l’année à venir. Les analystes de la Banque cantonale de Zurich (ZKB) préviennent, eux, que des effets négatifs liés à la pandémie pourraient aussi intervenir et influencer la marche des affaires en 2021. De son côté, Thomas Gottstein, directeur général de la banque, a annoncé vouloir «accélérer la croissance dans la gestion de fortune et continuer à générer des revenus durables dans la banque d’investissement».

Lire aussi: Un expert des restructurations présidera Credit Suisse

A la mi-journée, l’action Credit Suisse reculait de près de 1%. Depuis le début de l’année, elle a gagné 10,4%, mais sur un an elle a perdu 7,3%. Par comparaison, UBS a gagné 11,5% depuis le début de l’année et 6,7% sur un an.